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Où Trump va-t-il trouver 1.500 milliards de dollars d'infrastructures?

Le Président américain a dévoilé hier son budget et souhaite lancer des programmes d’infrastructures pour 1.500 milliards de dollars, largement financés par le privé. Mais il n’est pas sûr que les principaux concernés aient autant de capitaux pour une classe d’actifs peu rémunératrice.
Donald Trump
Donald Trump

C’était une des grandes promesses de campagne de Donald Trump, et il l’a ressorti au grand jour à l’occasion du budget 2019 - lequel a déjà provoqué beaucoup d’émoi car il reviendrait à creuser le déficit fédéral de 7.000 milliards de dollars sur une décennie, selon les projections. La Maison Blanche a présenté un plan d’infrastructures, où le gouvernement fédéral va allouer 200 milliards de dollars pour promouvoir des projets de rénovation et constructions de routes, ponts et tunnels, pour un montant total de 1.500 milliards de dollars. Dans le détail, la moitié des 200 milliards de dollars sera dépensée en aides aux Etats et administrations les plus actives sur les projets d’infrastructures, et l’autre moitié en concessions, prêts et autres obligations pour financer de tels projets.

L’objectif est que le secteur privé prenne le relais en finançant de tels programmes, via des partenariats public-privé encore peu développés aux Etats-Unis. Mais en transférant le financement – et le choix des projets - vers des investisseurs privés qui souhaitent maximiser leurs profits pour leurs propres actionnaires ou bailleurs de fonds, cela change le paradigme de ces plans d’infrastructure, qui ne sont plus seulement de la responsabilité d’un Etat envers ses citoyens.

En outre, il n’est même pas certain que les investisseurs, et notamment le private equity, soient particulièrement enthousiastes pour allouer leurs capitaux à cette classe d’actifs. Les fonds d’infrastructure sont réputés pour leur caractère peu cyclique, mais n’affichent pas des rendements exubérants : 10,6% en 2016 selon le cabinet PwC, et même en baisse par rapport aux 14% qu’ils généraient en 2004. Surtout, ce segment risque de pâtir de l’environnement de hausse des taux actuel, qui risque de réduire encore l’attractivité de l’infrastructure. Selon Jonathan Liondenberg, de la banque d’investissement MUFG à New York, il y aurait actuellement 340 milliards de dollars de capitaux disponibles et non engagés en infrastructures en Amérique du Nord.

Parmi eux, le géant Blackstone a annoncé au printemps dernier qu’il allait lever un fonds de 40 milliards de dollars dédié à cette classe d’actifs, où le fonds souverain saoudien a déjà alloué 20 milliards, pour une capacité d’investissement totale de 100 milliards, avec le leverage. Le président et COO de Blackstone, Hamilton James, a indiqué en octobre dernier que le fonds ne serait pas clôturé avant l’année prochaine et attendrait avant d’investir. « Il y a énormément d’opportunités pour le fonds que nous levons en l’état des choses», avait-il assuré, alors que le plan d’infrastructure de Donald Trump semblait dans les limbes. Et en tout état de cause, l’argent actuellement disponible dans le privé semble bien loin des montants avancés par l’administration Trump, même avec une enveloppe fédérale. « Il est difficile de passer de 20 à 1.500 milliards, si vous faites les comptes », fait valoir Douglas Holtz-Ekin, ancien président d’American Action Forum. Surtout, le budget et son programme dédié aux infrastructures risquent de ne pas passer en l’état auprès d’un Congrès particulièrement tendu, en cette année d’élections midterm.


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