Le trading à haute fréquence en mal de régulation
Le high frequency trading est dans l'oeil des régulateurs mais ceux-ci peinent à peser le pour et le contre de cette pratique afin de l'encadrer.
C'est l'un des grands enjeux de la réforme de l'organisation des marchés financiers en Europe, instituée par la directive MIF (Marchés d'Instruments Financiers) en 2007. Pourtant, les régulateurs peinent à apporter des réponses au développement du trading à haute fréquence (HFT en anglais). Le comité européen des régulateurs de bourses (CESR), qui a publié la semaine dernière des propositions pour la refonte de la MIF, doit encore plancher sur la question de son encadrement.
Il faut dire que cette pratique, qui s'est développée avec la multiplication des plateformes d'échanges et l'apparition de nouvelles technologies, est toujours sujette à controverse. Pour les défenseurs de cette technique basée sur l'utilisation d'algorithmes puissants et le passage d'ordres très rapide, elle augmente l'efficience et la stabilité des marchés, en lissant les écarts de prix. Le HFT permettrait aussi de baisser les coûts de transactions. Après "le flash crash" du 6 mai dernier à Wall Street, les critiques ont redoublé, ses détracteurs l'accusant d'augmenter la volatilité. Mais des études tendent à prouver qu'il n'a pas d'influence directe.
Des arguments qui ne suffisent pas à rassurer tous les régulateurs et professionnels. Pour certains, il contribue au développement du "gaming" (en repérant les blocs d'ordres à l'achat les plus discrets, les traders peuvent faire augmenter les prix). Des membres de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) se sont dit inquiets d'un potentiel développement des "wash sales" (pratique interdite de vente de titres à perte, suivie d'un rachat de ces mêmes titres). L'AMF a quant à elle identifié plusieurs risques et inconvénients dans un récent rapport tels que la diminution de la taille des ordres et l'augmentation de la volatilité intra-day. Et d'ajouter : "la question de l'accès équitable au marché et de la constitution d'un marché à deux vitesses se pose également, à raison des coûts informatiques afférents à cette course à la nano-seconde".
De part et d'autre de l'Atlantique, quelques pistes seulement sont esquissées pour répondre au développement du HFT. La CFTC propose de mieux encadrer la colocation (lorsque les traders s'approchent au plus près des centres de données des marchés pour réduire le temps de passage des ordres). La SEC a préconisé l'enregistrement des traders. L'AMF propose de limiter des pas de cotation, de contraindre les plateformes de négociation à augmenter leurs tarifs pour le HFT, et de mieux assurer le suivi de cette pratique. Le chantier n'en est pourtant qu'à ses débuts. L'AMF le note bien: "il paraît à ce stade difficile de porter un jugement définitif sur la contribution du high frequency trading au fonctionnement du marché". Et les moyens techniques des régulateurs doivent suivre. La CFTC collecte encore un certain nombre de données de marchés par fax, avant de les enregistrer manuellement.
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17/09/2021 - 10:31

