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Sur les marchés

US/UE : pas de "krach obligataire" en perspective ?

Patrick Artus de Natixis ne croit pas à ce scénario, et ce pour cinq raisons. Il évoque en revanche un possible surajustement des taux d’intérêt à long terme.
Graph-courbe en hausse
Graph-courbe en hausse

Les marchés obligataires ont subi une forte correction ce mois-ci. Si la remontée des taux a bien été un choc en soi, les risques de « krach obligataire » semblent réduits. C’est en tout cas ce que soutient Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis. L’économiste estime que cinq facteurs rendent « impossible » une situation de ce type en Europe et aux Etats-Unis. Et ce, malgré la perspective depuis avril 2015 de la remontée des taux d’intérêt aux Etats-Unis et les événements marquants du passé, comme la remontée rapide des taux d’intérêt à long terme en 1994.

Premier argument opposé par Natixis en défaveur d’un « krach » : la prudence des banques centrales. Avec d’un côté la FED qui doit prendre garde aux signes de ralentissement économique, liés au recul de l’investissement dans le secteur de l’énergie. Et de l'autre, la BCE qui ne peut observer que les prémisses de la reprise en zone euro et affirme vouloir poursuivre son QE jusqu’au quatrième trimestre 2016. En outre, et sur les deux continents, l’inflation reste très faible et la hausse des coûts salariaux modérée. «Ces évolutions poussent évidemment les Banques centrales à la prudence, ce qui est anticipé par les marchés », écrit Patrick Artus. L’économiste considère donc que les taux à long terme anticipés sont « sans doute raisonnables », avec un 10 ans US autour de 2,7% aux US et de 1,2% en Allemagne dans trois ans.

Enrayée par les gains de productivité, le vieillissement démographique ou encore la baisse de l’inflation : la diminution de la croissance potentielle en valeur fait également partie des freins à un « krach ». L’économiste note que les taux d’intérêt à long terme ne devraient pas dépasser les niveaux potentiels en valeur. « Si les Banques centrales veulent que les politiques monétaires contribuent au désendettement, il faut qu’elles maintiennent des taux d’intérêt à long terme inférieurs à la croissance nominale, comme c’est le cas aujourd’hui », explique notamment Patrick Artus.

A ces deux arguments vient s’ajouter la faiblesse des émissions obligataires. « Avec la réduction des déficits publics et les faibles besoins de financement des entreprises dont les taux d’autofinancement sont élevés, les émissions totales d’obligations diminuent aux Etats-Unis comme dans la zone euro », remarque l’auteur.

Ce dernier pense également que les transferts des obligations vers les actions sont limités. Si l’inverse avait été vrai, les taux à long terme auraient pu augmenter fortement, mais cela s’avère difficile avec la forte valorisation actuelle des actions. Enfin, l’abondance de liquidités termine d’étayer la théorie de Patrick Artus. L’expert rappelle que même si les QE sont terminés aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, les marchés obligataires restent alimentés par l’abondance de liquidités du QE de la zone euro et du Japon.

Toutefois, même si la remontée des taux à long terme est limitée « il peut y avoir à court terme un surajustement des taux d’intérêt à long terme, comme on l’a déjà vu en 2011 et en 2013 », conclut l’économiste.

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