Le torchon brule entre SoLocal et l’association d’actionnaires GroupementPPLocal
L’irritation monte chez SoLocal. L’entreprise a publié aujourd’hui un communiqué de presse sous forme de droit de réponse aux attaques répétées de l’association d'actionnaires GroupementPPLocal. Rappelons que depuis plusieurs mois, les actionnaires demandent à être partie prenante aux renégociations de la dette du groupe, sans qu’aucune demande n’ait abouti jusque là. De ce constat et de la façon dont le plan de refinancement a été négocié entre les créanciers, SoLocal et le mandataire social nommé à cette occasion, le groupement d’actionnaires avait adressé le 22 août dernier une lettre demandant à l’AMF l’ouverture d’une enquête pour manque de transparence de l’information et traitement inégal des actionnaires. SoLocal, dans son communiqué d’aujourd’hui s’insurge : « cette saisine s’accompagne d’un ensemble d’accusations calomnieuses et d’allégations dépourvues de tout fondement ». Pour SoLocal, le jeu de ces actionnaires ne vise qu’à « déstabiliser la société, ses actionnaires et le marché du titre et vont à présent bien au-delà du cadre d’une simple divergence d’analyse ».
SoLocal rappelle ainsi que la société doit faire face effectivement à une dette colossale de l’ordre de 1,1 milliard d’euros, résultant non pas de décisions stratégiques récentes du management ou de ses performances opérationnelles, mais bien du LBO dont elle avait fait l’objet en 2006. « Cette dette, issue de l’opération de LBO de 2006, a bénéficié aux seuls actionnaires de l’entreprise, qui ont perçu un montant cumulé de 4 milliards d’euros de dividendes au cours des 10 dernières années », rappelle d’ailleurs SoLocal. Cette situation financière empêche l’entreprise d’investir et ainsi de se développer, sa seule échappatoire étant de changer de stratégie avec les moyens du bord et donc de se tourner vers le numérique. Un virage stratégique que les actionnaires frondeurs ne remettent d’ailleurs pas en cause.
Par ailleurs, SoLocal revient sur les attaques de l’association RegroupementPPLocal concernant la vie du titre de cette dernière année, le cours étant passé de 10 euros il y a un an à 2,80 euros aujourd’hui. Le groupement avait suggéré une mauvaise communication permettant une baisse du cours permettant à un nouvel actionnaire d’entrer au capital. « Il est très inexact de considérer que la baisse conséquente et régulière du prix de l’action depuis le mois de juillet 2015 résulterait d’une communication financière inappropriée de la société », souligne SoLocal. Elle justifie plutôt cette évolution négative par la conjugaison de la fermeture pour le groupe du marché obligataire en juillet 2015 et de difficultés opérationnelles, limitant ses marges de manœuvre. Ces deux éléments entrainant une nécessité de désendettement beaucoup plus important que prévu. « Au regard de la refondation du groupe au cours des dernières années, et des risques associés, sa communication a été transparente, factuelle et prudente. Contrairement aux critiques formulées, le groupe a toujours visé à communiquer au marché la vision la plus sincère de la transformation de l’entreprise et de ses perspectives », indique le groupe.
Vient ensuite le point de discorde actuel : le plan de refinancement proposé par le groupe début août. SoLocal rappelle que ce plan a été jugé crédible pour que les créanciers détenant plus de la moitié de la dette le soutienne, ainsi que quatre des cinq actionnaires principaux représentant 15% du capital. Le groupe aurait proposé, sous condition de confidentialité, aux représentants de l’association RegroupementPPLOCAL de participer aux négociations, accord qu’ils auraient refusé de signer. A noter que depuis un mois, les chiffres de ralliement au projet n’ont pas changé, ce qui indique que rien n'aurait vraiment avancé dans les négociations. Autre point d’accroc entre les actionnaires et SoLocal, l’éventuelle collusion entre le management de l’entreprise et certains investisseurs, pour faire baisser le cours de l’action. Le groupe rappelle ainsi l’implication du management dans le capital, soulignant qu’en 7 ans, le directeur général, Jean-Pierre Remy a investi 40% de sa rémunération nette d’impôt et que le management a reçu des actions gratuite et souscrit à une augmentation de capital en 2015. « De ce fait, le management de l’entreprise est directement concerné par la baisse du cours de l’action et ne saurait en aucun cas être soupçonné de poursuivre un intérêt différent de celui des actionnaires individuels » conclut SoLocal.
Reste que SoLocal a mis en demeure les différents signataires de la lettre du 22 août de « cesser sans délai ces agissements » de dénigrement. Elle a également demandé à l’AMF de prendre les mesures nécessaires « pour rappeler à cette association les règles impératives qui s’imposent à toute partie prenante au capital d’une société cotée, dès lors qu’elle prend l’initiative d’une communication mettant en cause la valorisation du titre ».
Bref, le point de rupture entre les deux parties semble être atteint. Mais « le problème principal est que SoLocal ne prend pas en compte le fait que l’association représente 88% du capital et qu’il faut prendre les actionnaires dans leur globalité et non pas unitairement », commente un observateur au fait du sujet. « Tout cela n’aurait pas eu lieu si l’entreprise avait accepté d’inclure deux actionnaires individuels au conseil d’administration », continue t-il. Reste que les actionnaires ont tous reçu aujourd’hui la convocation à la prochaine assemblée générale, reportée début juin, au 19 octobre finalement, permettant l’approbation des comptes 2015. « Cela va être un carnage », souligne encore l’observateur, « chacun va s’écharper pour faire entendre sa voix et ses droits ». Une AG pour le moins houleuse pour ce dossier quelque peu sensible.
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