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Guerre commerciale : la Chine prête à riposter
Si les Européens ont temporairement été exemptés de taxes sur l'acier et l'aluminium par les Etats-Unis, à condition toutefois qu'ils acceptent d'entamer des négociations commerciales bilatérales avec le pays, la Chine a en revanche appris hier qu'elle serait concernée par des sanctions commerciales américaines. Le Président Donald Trump a signé hier soir un "mémorandum ciblant l'agression économique de la Chine", et évoqué des mesures punitives contre les importations du pays, qui pourraient atteindre 60 milliards de dollars. Un montant calculé sur la base de l'impact sur les bénéfices des entreprises américaines, de transferts forcés de propriété intellectuelle permettant d'entrer sur le marché chinois.
La décision du Président résulte de l'application d'une loi commerciale datant de 1974 qui permet aux Etats-Unis de sanctionner un pays aux pratiques anti-concurrentielles, et ce sans même attendre le verdict de l'OMC. Or après une longue enquête menée par l'administration Trump, le Président a conclu que la Chine était coupable de "vol de propriété intellectuelle incroyable", et que les Etats-Unis étaient en droit de réagir commercialement. Le gouvernement américain a donc annoncé qu'il publierait une liste des produits concernés par la hausse des tarifs douaniers d'ici 15 jours, et qu'il passerait à l'acte après une période de consultation de 60 jours.
La Chine n'a en tout cas pas attendu pour réagir et dévoilé ce matin une liste de 128 produits américains sur lesquels des droits de douanes additionnels pourraient être imposés. Le pays a même dégainé de façon plus précise que les Etats-Unis en listant une première catégorie de 120 produits, représentant moins de 1 milliard de dollars d'importations, qui pourraient être taxés à 15%, et un second groupe de 8 produits (dont le porc et l'aluminium recyclé) correspondant à 2 milliards d'importations de produits américains, et qui serait quant à lui taxé à hauteur de 25% supplémentaires.
Les marchés ont chuté à l'annonce de ces nouvelles, qui ressemblent fort au début d'une guerre commerciale entre les deux pays. Risque que les investisseurs interrogés par Bank of America Merrill Lynch cette semaine ont d'ailleurs cité comme le principal facteur de chute des bourses mondiales. Il faut dire que si la Chine a pour l'instant répliqué de manière modérée aux attaques des Américains (ils n'ont pas visé les secteurs économiques les plus importants pour l'instant), elle pourrait en revanche durcir le ton et prendre des mesures bien plus restrictives à l'égard des Etats-Unis et des entreprises, estime Mark Williams chef économiste Asie chez Capital Economics. "La réponse chinoise ira bien au-delà de l'augmentation des tarifs douaniers", explique ainsi l'économiste, qui cite la possibilité pour le pays de durcir sa réglementation et ses contrôles de conformité pour les produits américains. "Une guerre commerciale contre la Chine ne sera pas facile à gagner", estime ainsi l'économiste. Ce que le ministère chinois du Commerce a d'ailleurs confirmé hier soir : "La Chine n'a en aucun cas peur d'une guerre commerciale", ajoutant que le pays se battrait "jusqu'au bout" et "par tous les moyens nécessaires". Si les Chinois durcissent leur position, cela affecterait directement les plus grosses entreprises du S&P 500, dont une grande partie de la production est située en Chine, qui représente par ailleurs un de leurs principaux clients, estime encore Mark Williams.
Un durcissement américain aurait par ailleurs un impact direct sur les bourses des pays émergents, estime pour sa part Oliver Jones, économiste marché chez Capital Economics. "Taiwan, la Corée du Sud, la Malaisie et l'Afrique du Sud sont très intégrés dans la chaîne de production chinoise pour les biens à destination des Etats-Unis". Or ces quatre pays représentent plus de 35% de l'indice MSCI EM. "En prenant du recul par rapport au contexte actuel et en regardant à plus long terme, les perspectives pour les marchés boursiers sont assez faibles, et ce même sans prendre en compte le nouveau contexte de guerre commerciale. La croissance chinoise devrait ralentir et celle des Etats-Unis perdre de la vigueur dès 2019", poursuit l'économiste, qui estime que les marchés actions devraient donc finir 2019 bien en-deçà des niveaux actuels.
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