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Les fonds souverains à l'affût de capitaux privés

En 2010, les investisseurs souverains se tournent davantage vers les marchés pour lever des liquidités. Une nouvelle stratégie qui remettrait en cause la définition de ces fonds?
Dans un rapport semi-annuel sur les fonds souverains, les chercheurs de la fondation Enrico Mattei et du Monitor group ont souligné un nouveau type de comportement de la part de ces investisseurs ; selon le groupe de travail, depuis début 2010, les fonds souverains ont fait appel à des capitaux privés pour augmenter leurs liquidités, par le biais d'émissions obligataires ou d'introductions en bourse de certains de leurs actifs. Temasek, Mumtalakat, le fonds du Bahreïn, le fonds chinois ou celui des émirats Arabes Unis se sont effectivement rendus sur le marché obligataire tandis que le deuxième fonds de Singapour GIC prépare l'introduction en bourse d'une partie de ses actifs immobiliers, qui pourrait lever 3 milliards de dollars. Selon les chercheurs, plusieurs raisons expliquent ce changement de stratégie de la part des fonds. Tout d'abord, les émissions obligataires permettent aux fonds les moins liquides, comme ceux principalement constitués d'actifs fonciers, de trouver du cash ; ainsi, Qatari Diar, la branche immobilière du fonds de l'émirat, a prévu d'émettre 3,5 milliards de dollars de titres l'année prochaine. De plus, certains fonds ont vu la valeur de leur portefeuille diminuer en raison de la crise et avaient donc besoin de nouvelles liquidités. Cet apport de capitaux privés permet également aux fonds de prendre des positions plus risquées sans craindre de mettre en jeux des capitaux publics, comme cela a pu leur être reproché après les pertes qu'ils ont subies pendant la crise de 2008. Une stratégie qui leur permet aussi d'asseoir leur légitimité : la présence de capitaux privés permet de remettre partiellement en cause les critiques de certaines sociétés, qui craignaient que les fonds n'investissent que pour des raisons purement géopolitiques. Enfin, les émissions de titres de fonds souverains sont également un moyen pour eux de soutenir leur propre économie. Ainsi, les émissions de Central Huijin, filiale du fonds souverain chinois, ont permis d'éponger en partie l'excédent de liquidités de l'économie chinoise à l'origine de la hausse des prix de l'immobilier. De telles opérations de la part des fonds permettent également de renforcer le marché obligataire, dans les pays du Golfe par exemple, où il est encore peu développé et liquide. Cet apport de capitaux privés devrait pourtant retirer l'avantage compétitif que les fonds possédaient sur d'autres types de véhicules financiers tels que les fonds de pension puisqu'ils n'avaient à l'origine pas de dette et étaient constitués d'excédents commerciaux. Il ne devrait pourtant pas totalement remettre en cause l'indépendance des fonds souverains, qui jusqu'ici n'avaient de compte à rendre à aucun actionnaire ou créancier. Les capitaux privés des fonds ne représentent pour l'instant pas plus de 5% de leur portefeuille total, ce qui laisse ces acteurs maîtres de leur stratégie.
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