Ce qui attend l'Espagne en 2013
Le pays devra émettre 200 milliards d'euros l'an prochain, soit un montant supérieur à cette année. A la première émission ratée sur le marché primaire, le pays fera appel à la BCE et l'OMT, selon les analystes.
L'Espagne n'aura finalement pas demandé l'aide de l'Europe en 2012, si ce n'est pour la recapitalisation de ses banques. L'annonce par Mario Draghi d'un programme de rachat de titres souverains, en montants illimités et sous strictes conditions, a permis de faire baisser les taux du pays de façon drastique, rendant une demande à l'aide moins urgente. Mais le programme d'émissions du pays est chargé pour 2013 et si la conjoncture se détériore encore davantage, le pays ne pourra sans doute pas se passer d'un soutien de l'extérieur, selon les économistes.
Pour cette année, le Trésor aura finalement émis un peu plus de 190 milliards d'euros, dont 97,5 milliards à moyen et long terme. Et, exploit louable vu le contexte économique et un marché particulièrement averse au risque, le Trésor espagnol a placé ses titres sans aucune difficulté, avec le meilleur ratio de couverture de l'UE, de 2,4. Cette réussite résulte principalement de l'ajustement opéré par le Trésor : la maturité a été abaissée de 7,4 à 5 ans. Cette stratégie, mise en place depuis 2007 mais accentuée ces trois dernières années (la part des Bonos dans le stock est passé de 18% du stock total à 32% en 5 ans), a permis au Trésor de maintenir son coût de financement à 4,3% sur son programme moyen-long terme, selon les calculs de Natixis.
Mais 2013 ne sera pas sans heurt pour l'Espagne. D'une part parce que le pays est le seul de l'UEM à avoir un programme d'émissions plus chargé en 2013 que cette année. Il devra émettre 222 milliards d'euros (dont 102 milliards à moyen et long terme), soit 30 milliards de plus qu'en 2012. Et ce montant d'émissions pourrait être revu à la hausse en cas de non-respect de la cible des 4,5% de déficit définie par le gouvernement. Or la croissance pourrait être plus mauvaise que prévu, selon les analystes. "Il y a peu de chance pour que le pays atteigne les 0,5% de croissance l'année prochaine ; celle-ci sera certainement négative une fois de plus", explique René Defossez, analyste chez Natixis. Car le pays fera les frais d'une politique d'austérité très rigoureuse, de régions qui ont encore du mal à tenir leurs engagements budgétaires et d'un risque bancaire encore très élevé. Hier, la Banque d'Espagne a annoncé que le taux de créances douteuses avait atteint un nouveau record en octobre, à 11,2%, soit une hausse de 0,5 point par rapport à septembre. Ce qui, selon l'Association des banques espagnoles, laisse présager de nouvelles pertes pour un secteur qui a divisé ses profits par trois en 2012.
Dans ces circonstances, on peut donc craindre que le pays ne reçoive pas toujours l'accueil voulu sur les marchés obligataires. "Au moindre échec d'une émission à moyen ou long terme, l'Espagne fera appel à la BCE", explique encore René Defossez. Mais il ne faudrait pas surévaluer la force de frappe du programme de rachat de titres annoncé par Mario Draghi début septembre. Car, selon des informations de Wansquare obtenues auprès de membres de la BCE, celle-ci ne compte pas dans les faits acheter des titres de périphériques pour des montants illimités. Elle est prête à soutenir un Etat qui en ferait la demande mais de manière modérée, d'où des rachats de titres à court terme uniquement, que Mario Draghi considère comme de la politique monétaire. "Si elle n'a pas fixé les niveaux de taux, c'est bien qu'elle n'a pas l'intention de se remplir les poches de titres périphériques jusqu'à ce que les taux soient revenus à un niveau convenable", termine l'analyste. Il faut donc espérer que le pays ne se repose pas uniquement sur l'action de la BCE l'année prochaine et s'efforce du mieux possible de revenir dans les clous budgétaires, sans étouffer totalement sa croissance.
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article
À lire aussi
17/09/2021 - 10:31

