Pas de lune de miel pour Obama
Quelles sont les échéances pour le président réélu sur le fiscal cliff et le redressement budgétaire à long terme? Le pays est attendu au tournant: sans compromis budgétaire et fiscal, la note sera abaissée.
L'euphorie de la victoire sera de très courte durée pour Barack Obama, à qui marchés financiers et agences de notation ont à peine laissé le temps de savourer sa réélection, en lui rappelant les échéances fiscales et budgétaires qui le guettent. Après avoir entamé la journée en hausse, les bourses ont effectivement légèrement reculé, dans l'attente d'annonces concrètes du président réélu. De son côté, Fitch s'empressait de publier un communiqué déclarant que le président va devoir trouver un compromis sur le fiscal cliff et le plafond de la dette pour éviter un abaissement de sa note.
Deux sujets auxquels Barack Obama va devoir s'atteler dès les prochains jours. Le temps presse, puisque les mesures d'allègement fiscal prendront fin le 30 décembre. Dans ces conditions, le Congrès devrait reprendre les négociations dès la semaine prochaine, et ce alors que les sénateurs et représentants élus hier prendront leurs fonctions en janvier. "Les Etats-Unis appellent ce type de session parlementaire, celle des 'canards boiteux', car les négociations en cours se font avec des députés qui vont bientôt quitter le Congrès. (...) Mais la configuration des deux chambres sera à peu près la même en janvier et ne devrait donc pas changer beaucoup la donne", explique Inna Mufteeva, analyste chez Natixis. Selon elle, les élus auront de la peine à trouver un compromis fiscal. Car la Chambre des Représentants sera toujours majoritairement républicaine en janvier et le Sénat avec une courte majorité démocrate. Mais les problématiques de campagne sont désormais écartées et devraient ainsi aider les députés à faire plus de concessions qu'au cours des derniers mois.
Quels sont en les points du fiscal cliff qui pourraient achopper lors de la prochaine session du Congrès? Les Bush Tax Cuts tout d'abord, que les démocrates souhaitent ne plus accorder aux ménages dont le revenu dépasse 250 000 dollars, tandis que les républicains souhaitent au contraire alléger encore davantage les impôts pour l'ensemble de la population. La répartition des coupes automatiques ensuite : décidées suite à l'échec du comité mis en place pour trouver un compromis au relèvement du plafond de la dette il y a un an, ces coupes seront appliquées dès début 2013. Or les démocrates souhaitent que la moitié porte sur les dépenses de défense, tandis que les républicains préféreraient couper les dépenses discrétionnaires (infrastructures, éducation...). Si aucune mesure n'est prolongée faute d'accord, c'est 600 milliards de dollars qui seront soudainement retirés du circuit économique en janvier. De quoi créer un choc récessif de grande ampleur.
Deuxième échéance de court terme à laquelle le président va devoir se frotter: la renégociation du plafond de la dette."A priori, ce sujet ne sera traité qu'une fois que le compromis sur le fiscal cliff aura été trouvé, c'est à dire courant janvier ", explique encore l'analyste. "Le Secrétaire du Trésor Tim Geithner a en effet dévoilé qu'il disposait d'outils pour repousser l'échéance d'un ou deux mois, soit jusque mars", poursuit-elle. Si le relèvement du plafond est quasi systématique (il a été relévé 11 fois depuis 2000) , il est souvent l'occasion de blocages politiques. Or sans autorisation légale d'émettre de la dette, le Trésor se trouve en état de défaut.
De leur côté, les agences devraient attendre la résolution du fiscal cliff pour se prononcer. Si un compromis est trouvé, elles exigeront alors que le pays présente en 2013 un programme de consolidation de long terme. Si aucun compromis n'est trouvé sur le fiscal cliff, Fitch estime que le pays tomberait dans une profonde récession avec une hausse du taux de chômage qui pourrait atteindre plus de 10% en 2013.
Les marchés attendent aussi de savoir quelle sera l'issue à très court terme des négociations. Mais l'élection d'Obama a permis de lever plusieurs incertitudes, notamment celle concernant la politique monétaire accommodante menée par Bernanke, qui sera donc poursuivie. "La continuité des mesures monétaires est un signal positif pour les marchés", explique Hugues Le Maire, gestionnaire d'actifs. Celui-ci estime également qu'une grande partie des problématiques fiscales et budgétaires sont déjà intégrées dans les cours de bourse.
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17/09/2021 - 10:31

