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Professions financières / Macro-économie / Corporate finance

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La BCE, nouvel eldorado des obligations privées ?

Banquiers et entreprises travaillent ensemble pour émettre des produits destinés spécifiquement au programme de rachat d’actifs privés de la Banque Centrale. Deux placements privés ont déjà intégré ce programme et d’autres émissions devraient suivre. D’autant que la liste des actifs publics éligibles se restreint et que le programme de rachat d’actifs pourrait être prolongé de 6 mois.
BCE - siège - euros
BCE - siège - euros

Un nouveau marché s’ouvre et voilà que déjà les banques se faufilent dans le créneau. Alors que la BCE arrive au bout de ses capacités d’achats d’obligations d’Etat et qu’elle évolue en taux négatif, elle cherche désormais d’autres moyens d’injecter de l’argent dans l’économie. C’est pourquoi, depuis juin, elle s’est lancée dans un programme de rachat d’obligations d’entreprises et avait déjà acquis 16,2 milliards d’euros de dette privée au 31 juillet dernier. La large majorité vient de rachats sur le marché secondaire, mais une toute petite partie, 775 millions d’euros, provient d’émissions primaires. Selon le Wall Street Journal, qui s’appuie sur les données récoltées auprès de Dealogic et des Banques centrales, Morgan Stanley aurait arrangé deux placements privés auprès de la BCE. Cette dernière n’a pas répondu au journal américain, mais mettre en évidence sur son site la part des émissions primaires, montre qu’elle est prête à réaliser ce type de placements privés.

Sans pour autant avoir eu confirmation des émetteurs, le Wall Street Journal avance les noms de Repsol qui aurait émis une obligation de 500 millions d’euros le 1er juillet et Iberdrola qui aurait levé 200 millions le 10 juin (deux jours après le lancement du programme de la BCE). Le journal, souligne par ailleurs que ces deux opérations ont été arrangées par Morgan Stanley, étant les deux seuls placements privés organisés par la banque depuis le début du programme de la BCE. Cela montre ainsi que certaines entreprises, en collaboration avec les banques, ont émis des obligations spécifiquement vendues à la BCE. Ce qui souligne aussi la capacité d’adaptation du secteur financier et des vendeurs dans un environnement encore inconnu. Car sans pour autant avoir poussé les émetteurs et les banques à créer des produits qui leur sont dédiés, l’arrivée de la BCE sur le terrain des obligations privées la donne désormais comme acheteuse aux yeux de tous, au même titre que d’autres investisseurs. Mais celle-ci est un acheteur que beaucoup d’émetteurs ne veulent pas louper, étant donné sa force de frappe.

Pour l’heure, les données de la BCE sont trop maigres pour qu’une tendance sur le type d’émetteur, d’échéance ou encore de qualité, puisse sortir du lot. Mais tous les observateurs scrutent de près les données publiées régulièrement par la BCE pour se faire une idée de son appétit. Car le programme de rachat d’actifs, qui devrait s’arrêter en mars 2017 pourrait être prolongé de 6 mois. Et face à la pénurie croissante d’obligations d’Etat, la dette privée pourrait être la bienvenue. La BCE ne peut en effet acheter que des obligations ayant des rendements plus importants que son taux de dépôt, qui est de -0,4% actuellement. Cela exclut de fait les obligations allemandes à 2 ou 5 ans, le taux d’intérêt étant désormais à -0,659% et -0544% sur ces deux échéances. La France et la Belgique sont dans les mêmes dispositions à ces deux échéances.

La Banque Centrale Européenne n’est pas la seule à avoir organisé des rachats d’actifs privés et généré des produits dédiés. La Banque du Japon avait annoncé l’an dernier, vouloir acheter des ETF comprenant des parts d’entreprises ayant des dépenses croissantes dans « le capital physique et humain ». Cette démarche visait à chercher des gérants capables de lancer et piloter ce type de produits. La Bank of England souhaite elle aussi se lancer dans un programme de rachat de 10 milliards de livres d’obligations privées pour soutenir l’économie britannique. Les avis divergent d’ailleurs sur l’atteinte d’un tel objectif. Mais surtout la polémique au sein des investisseurs privés commence à gonfler, car face à un gros payeur comme la BCE, le risque est que les rendements des obligations continuent à s’effondrer avec ce nouvel entrant, acheteur à « tout prix ».

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