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Rémunérations : la Suisse ou le modèle anti-français
Sans trop s’avancer, il parait probable que si les Français avaient dû se prononcer sur les mêmes sujets que les Suisses, les réponses auraient été toutes autres. Après avoir refusé des congés payés supplémentaires, après avoir repoussé l'idée de plafonner les hauts salaires, les Helvètes ont dit « non » ce dimanche à l’instauration d’un salaire minimum. Et le résultat du scrutin est sans équivoque : seuls 23% des votants ont soutenu cette initiative populaire pour passer à une gratification de 18 euros de l’heure, soit 3 300 euros pour 42 heures hebdomadaires. Preuve que leur culture du marché du travail diffère grandement de la nôtre.
Pour mémoire, en mars 2012, le peuple helvète avait été invité à se prononcer sur l’instauration de « six semaines de vacances pour tous », soit 15 jours de congés payés supplémentaires. Une initiative populaire qui avait vu le « non » l’emporter à 67%. Un chiffre peu éloigné de celui enregistré en novembre 2013 (65,3%) lors du rejet d’un référendum qui visait un plafonnement de l’écart entre les salaires au sein d’une même entreprise, avec l'instauration d'un ratio de 1 sur 12.
« La Suisse, surtout dans les votes populaires, n’a jamais eu pour tradition d’approuver l’intervention de l’Etat sur le marché du travail », a expliqué Daniel Kubler, professeur à l’Université de Zurich, au New York Times. « La majorité des Suisses a toujours pensé, et visiblement continue de penser, que les principes économiques libéraux sont à la base du succès de leur modèle ». Car si les syndicats et les partis de gauche prônaient un salaire minimum pour faire face au coût élevé de la vie en Suisse, le reste de la population craignait que cette contrainte ne favorise une hausse du chômage. Argument repris par le gouvernement, le Parlement, la droite mais aussi par le milieu agricole, qui y voyaient un véritable danger.
En effet, même si comparaison n’est pas raison, certains chiffres semblent aller dans leur sens. A commencer par celui du chômage. Là où l’Hexagone, qui a un salaire minimum, affiche un taux de 10,2%, le pays neutre fait état d'un 3,2% à faire pâlir de jalousie la majeure partie du monde. Les données concernant les dettes publiques sont également éloquentes. Avec un taux d’endettement de près de 36% du PIB (en 2011), la Suisse bat la France à plates-coutures (93,5% du PIB). Et ce sans parler des facilités pour embaucher et licencier en pays helvète par rapport à notre Etat, de la stabilité de la fiscalité etc. En revanche, difficile de comparer le montant du salaire minimum proposé hier à nos voisins à notre propre Smic (9,53 euros de l’heure). Car le coût de la vie et le salaire médian ne sont pas les mêmes d’une frontière à une autre ou encore parce que les Suisses cotisent eux-mêmes pour se soigner.
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