Les vrais gagnants de la correction des marchés
Les investisseurs américains se sont encore faits des sueurs froides en ce mardi matin : le Dow Jones a ouvert en baisse de 500 points, puis a largement rebondi dans la demi-heure, faisant un bond de près de 1000 points, avant de se stabiliser actuellement sur le cours de clôture d’hier, certes la plus forte chute quotidienne en nombre de points dans l’histoire de l’indice américain. Corolaire de ces grands mouvements, l’indice VIX de la peur continue à culminer à 37, soit son plus haut niveau depuis septembre 2011, au cœur de la crise de la zone euro.
Mais si la quasi-totalité des titres subissaient un coup de bambou, deux acteurs cotés étaient en hausse : Flow Traders et Virtu Financial, des spécialistes du trading à haute fréquence. Ces derniers accueillent les remous des marchés avec enthousiasme, car ils sont eux-mêmes fournisseurs de liquidité et permettent de faire rencontrer les prix des acheteurs et vendeurs lorsqu’ils ne sont pas alignés. « Quand la demande et le prix de la liquidité augmentent, les ‘market makers’ gagnent de l’argent », commente ainsi Larry Tabb, investisseur réputé et fondateur du TABB Group.
La déroute surprise des marchés représente un regain d’activité pour ces acteurs, qui ont pâti d’un millésime 2016 et 2017 particulièrement calmes, où les marchés étaient continuellement bien orientés et où la volatilité était au plus bas depuis une décennie. Plus encourageant encore, la volatilité devrait durer : selon John Normand, responsable de la stratégie cross-asset de JP Morgan, les surprises sur l’inflation devraient se multiplier dans les six prochains mois, ce qui « génère des pics récurrents de volatilité en raison des valorisations extrêmes et des positions des investisseurs dans presque toutes les classes d’actifs ». Les investisseurs ont alloué plus de 100 milliards de dollars aux fonds actions en janvier selon EPFR, et sont donc très exposés aux soubresauts des marchés.
Le retour de la volatilité, si celle-ci perdure, pourrait être aussi très favorable aux banques, qui pâtissent de chiffres moribonds dans leurs activités de trading dans les derniers trimestres. Dans des marchés en hausse régulière, les investisseurs ne voyaient en effet pas de raison d’arbitrer leurs positions ou de faire tourner leur portefeuille. Aujourd’hui, la volatilité pourrait faire bondir les revenus des banques issus du trading de 10 à 15% selon George Kuznetsov, patron de la recherche chez le cabinet Coalition. Mais ces périodes sont parfois courtes et suivies d’une accalmie, comme cela a été le cas après le Brexit qui a finalement été peu favorable aux revenus des banques. Enfin, un décrochage durable des marchés pourrait aussi impacter les autres activités des banques, comme les M&A ou les IPO, et annuler tout effet positif sur la partie trading.
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