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Macro-économie
Est-ce déjà la fin des beaux jours de la croissance française ?
C'était prévisible : après une année de croissance au plus haut depuis 2011 l'an dernier, située à 2% sur l'ensemble de l'année, l'économie française commence à s'essouffler. L'INSEE a ainsi publié ce matin un PIB en hausse de 0,3% seulement sur les trois premiers mois de 2018, alors que le consensus tablait plutôt sur 0,4% (sauf à la Banque de France qui avait exactement prédit le chiffre dévoilé aujourd'hui). "Comme toujours, lorsqu'il y a eu un très bon chiffre de croissance, il y a un léger tassement ensuite. Il n'y a rien de très surprenant à cela", a tenté de rassurer le ministre des Finances Bruno Le Maire, qui a affirmé qu'il ne craignait pas que la croissance française perde son dynamisme.
Plusieurs raisons expliquent ce ralentissement de l'économie française depuis le début de l'année, à commencer par un tassement de la demande intérieure plus fort que prévu. Ainsi, l'investissement des entreprises non financières a ralenti, passant de 1,6% à 0,5%, en particulier dans l'industrie. Celui des ménages est en revanche resté stable (0,5% après 0,6%), en raison de la bonne tenue du secteur de la construction. L'investissement public a également été important ce premier trimestre, en hausse de 0,9%, soit sa plus forte progression depuis 2011. C'est la seconde fois en vingt ans que l'investissement public contribue positivement au PIB, un événement à souligner donc.
Mais c'est surtout la consommation des ménages, un soutien traditionnellement important à la croissance française, qui a déçu : celle-ci n'a progressé que de 0,2%, soit au même rythme que le trimestre précédent. "La consommation des ménages n'a montré aucun signe d'amélioration ces deux dernières années, après avoir progressé de 1,3% seulement en 2017", note ainsi Julien Manceaux, analyste chez ING. "Avec un début d'année aussi faiblard, il est peu probable qu'elle dépasse les 1,5% en 2018", poursuit-il. Les exportations ont également ralenti (-0,1% après 2,5% au T4), sans doute pénalisées par la force de l'euro. Les importations ont heureusement progressé moins rapidement que les ventes à l'étranger, permettant au commerce extérieur de ne pas peser sur le PIB (leur contribution a été nulle au premier trimestre).
Toute la question est maintenant de savoir si les dernières enquêtes de confiance pour le mois d'avril, qui ont toutes marqué le pas, n'annoncent pas une poursuite du ralentissement économique, et si l'objectif de 2% de croissance du gouvernement pour cette année sera atteint. Certes, à 109, l'indice du climat des affaires de l'INSEE paru mardi est encore largement supérieur à sa moyenne de long terme pour le mois d'avril. Mais il est tout de même inférieur à la moyenne de tous ceux parus les deux derniers trimestres de 2017. Et il est fort probable qu'il continue de baisser au mois de mai, vu le contexte de grèves actuelles dans le pays. Dans les services toutefois, l'indice PMI est resté stable depuis janvier et les intentions d'embauche des entreprises restent élevées. Enfin, la dernière enquête de confiance des consommateurs a montré un léger rebond pour le mois d'avril : "les Français sont plutôt optimistes par rapport au dynamisme de leur économie", souligne ainsi Julien Manceaux. Tous ces indicateurs laissent donc penser qu'il n'y aura pas d'accélération de la croissance cette année, selon l'économiste. Qui souligne par ailleurs que le climat de guerre commerciale ne devrait ni favoriser les exportations, ni une amélioration de la confiance des entreprises, déjà mise à mal par les grèves des transports.
Il reste que le ralentissement de ce premier trimestre était largement anticipé dans les prévisions, notamment celles du gouvernement, comme en témoignent les déclarations du ministres des Finances ce matin. Par ailleurs, l'acquis de croissance (le niveau du PIB sur l'ensemble de 2018 même s'il ne progressait plus d'ici à la fin de l'année) est de 1,2% selon les estimations de l'INSEE. Il n'y a donc pas encore lieu de s'inquiéter pour l'objectif des 2% de croissance, mais seulement de surveiller les prochaines enquêtes de confiance.
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