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La bataille des petits pots

Les groupes agro-alimentaires s'intéressent de plus en plus aux produits pour bébés que les pharmaciens délaissent. De quoi aiguiser la compétition entre Danone et Nestlé.
Les parallèles se rencontrent parfois ! Alors que les géants de la pharmacie se recentrent sur leur coeur de métier, les stars de l'agro-alimentaire se développent de plus en plus dans le bien-être. Ce qui peut leur permettre de conclure ensemble des deals intéressants. Il y a deux ans, le suisse Novartis avait achevé son recentrage en cédant ses aliments pour bébés Gerber à Nestlé pour 5,5 milliards de dollars. Il y a six mois l'américain Bristol Myers Squibb a introduit en bourse sa filiale d'alimentation infantile Mead Johnson. Si le moment était boursièrement mal choisi, en pleine déprime des marchés, la forte reprise enregistrée depuis a permis à BMS de descendre sa participation à 55% pour un objectif initial de mise sur le marché de 15 à 20%. Entre-temps, le cours de Mead Johnson s'est envolé de 80%. De quoi inciter certains à penser que BMS aurait désormais tout intérêt à céder la totalité de son bébé pour investir dans la pharmacie. Danone qui détient une part de marché de 14% dans l'alimentation infantile depuis le rachat de Numico pouvait sembler un candidat idéal. S'il a démenti avoir engagé un conseil sur ce dossier, Franck Riboud peut certainement y penser certains matins, en se rasant. Certes Mead Johnson est un gros morceau avec une capitalisation boursière de 9 milliards de dollars et l'envolée de son titre lui confère aujourd'hui un PER de 18. En outre la prime qu'il faudrait sans doute offrir pour décrocher le biberon pourrait alourdir la facture jusqu'à une douzaine de milliards de dollars (8 milliards d'euros). Comme la meilleure défense est parfois l'attaque, Nestlé pourrait aussi s'intéresser au dossier. Avec une part de marché mondiale de 21%, il domine aujourd'hui le secteur. Mais de peu. Si Danone reprenait Mead Johnson (16% du marché), il passerait nettement devant avec 30%. Or le patron de Nestlé vient de réaffirmer sa volonté de croître dans le domaine de la santé et du bien-être dont les laits et petits pots pour bébés relèvent clairement davantage que les pâtes et les sauces tomate. Comme le suisse est très riche, il a sans doute les moyens de séduire l'américain. A partir de janvier prochain, Nestlé pourra en effet faire jouer son option de vente de 52% de sa filiale Alcon à Novartis pour quelque 28 milliards de dollars. Une manne gigantesque dont moins de la moitié suffirait pour s'offrir Mead Johnson et ses 22% de marge en décourageant toute contre-offre. De quoi couper l'herbe sous le pied de Danone. Quitte à recéder une partie des activités de Mead Johnson aux Etats-Unis où les positions du groupe deviendraient trop fortes en cas de rachat.
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