Obama grand par le verbe, petit dans les actes
Le président américain a fait un discours sur l'état de l'Union très éloquent, et très centriste, mais aussi très décevant en matière de finances publiques.
"A reasonable man in the middle". C'est la conclusion que les médias américains commencent à livrer de l'autre côté des Etats-Unis à leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs à l'heure du petit déjeuner. Tous saluent l'éloquence et l'aisance de Barack Obama à l'occasion de son deuxième discours sur l'état de l'Union. Un discours dont tout le monde retient l'expression "Spoutnik moment", destinée à symboliser le catalyseur de la reconquête. Comme cela avait été le cas avec John Kennedy lorsqu'il avait parlé des "nouvelles frontières".
L'ancien sénateur de l'Illinois, dont la cote de popularité remonte très fort depuis son remarquable discours fait après la tragédie de Tucson en Arizona, n'a donc pas lésiné sur les ambitions qu'il a pour les Etats-Unis. Comme s'il voulait marquer le début de sa campagne électorale de novembre 2012. Certes, il est largement resté dans le domaine de l'incantation : plus d'innovation, plus de recherche, plus de formation, plus d'éducation, plus de Google et de Facebook, plus d'énergie propre, plus de voitures électriques, plus d'infrastructures, et puis surtout une expression que l'on aimerait tellement entendre de la part d'un homme politique français : "faire des Etats-Unis la meilleure place pour faire des affaires".
En dehors de ces belles paroles, et d'un appel lancé aux républicains pour une sorte d'unité nationale, et pour les supplier de ne pas détricoter la réforme de la santé, Barack Obama est resté muet sur la question des finances publiques. Il a juste annoncé le gel des dépenses discrétionnaires pour les cinq années à venir. Mais celles-ci ne représentent que 13 % des dépenses fédérales. Ce n'est donc pas de là que viendra la solution au problème d'un déficit budgétaire qui absorbera, cette année, 10,75 % du produit intérieur brut, et d'une dette publique qui tutoie les 14.000 milliards de dollars.
Barack Obama a superbement ignoré à la fois les avertissements du Fonds Monétaire International, les menaces des agences de notation et les appels à refonder le système monétaire international adressés lundi par Nicolas Sarkozy au nom du G20. Comme si le risque dollar n'existait pas. Comme si une flambée des taux d'intérêt n'était pas une menace déjà perceptible. Comme si les républicains allaient relever, sans sourciller, le plafond de la dette publique.
"L'avenir n'est pas un don, c'est une conquête", a rappelé le président américain en citant Robert Kennedy. Mais dans tout son discours, chacun a bien perçu son esprit de reconquête, sans jamais percevoir les moyens pour y arriver.
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