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Le crowdfunding, partenaire ou adversaire des banques ?

Les banques ont bien conscience qui si la finance participative se développe à des niveaux similaires à ceux des Etats-Unis, il ne faudra pas louper le coche. Mais les établissements restent encore très prudents dans leurs participations.
Crédit Agricole - BNP Paribas - banques françaises
Crédit Agricole - BNP Paribas - banques françaises

Si la place de la finance participative dans l’économie réelle est encore anecdotique, son potentiel de croissance est lui très fort. Selon une étude publiée ce jeudi par le cabinet Xerfi, les sommes collectées par les plateformes de crowdfunding vont doubler en 2014 pour dépasser le seuil des 150 millions d’euros. « Certains professionnels estiment même qu’à l’horizon 2020, ces montants pourraient atteindre plusieurs milliards d’euros », écrit la directrice d’études Sabine Graëfe. Ce qui ne serait pas improbable au regard des flux enregistrés au niveau mondial en 2013, à savoir 3 milliards de dollars dont 60% aux Etats-Unis. En France la multiplication des plateformes, et surtout la volonté des acteurs historiques d’atteindre une taille critique, montre le dynamisme de ce secteur. D’ailleurs pas plus tard que la semaine dernière, la firme SmartAngels -jusque-là spécialisée dans l’equity- s’est lancée dans le prêt aux PME et aux start-ups. Le crédit aux petites et moyennes entreprises et à la consommation, qui reste pour l’instant l’apanage des banques, aurait-il ainsi trouvé un futur concurrent sévère ou plutôt un partenaire non négligeable ? 

La question se pose puisque certaines plateformes font des métiers proches de celui de banquier. C’est le cas de Prêt d'Union qui a d’ailleurs reçu un agrément d'établissement de crédits de la part de la Banque de France, nécessaire pour son activité de crédits à la consommation. Toutefois « nous ne nous considérons pas comme une banque car nous n’avons pas de fonctionnement bilanciel », estime Charles Egly, le patron de la plateforme, qui anticipe 80 millions d’euros de crédits accordés en 2014. Et d’ajouter : « Nous sommes plus proches d’un Nasdaq ou d’un Euronext de la dette des particuliers, tout en étant un acteur du crowdfunding ». Et si ce dernier offre un tel potentiel de croissance c’est notamment parce que les couples rendement/risque sont attractifs. « Les taux de défaut sont deux à trois fois inférieurs à ceux du marché. On fait plus de contrôle anti-fraude et de solvabilité. Nous demandons des justificatifs. Nous finançons 6% de la demande », explique Charles Egly, qui précise que les taux pratiqués sur Prêt d’Union sont en moyenne en deçà de 1% à ceux du marché sachant que la plateforme ne fait pas de crédit sur un an.

Néanmoins, « aujourd’hui il n’y a pas de réelle menace de désintermédiation via le crowdfunding étant donné les volumes. Mais on peut imaginer que demain la banque perde une partie des dossiers de financement des PME, qui s’orienteront vers les plateformes avec une réponse sous 30 jours et des taux plus favorables », prévient Baudoin Chopin de Janvry, Directeur industrie financière chez Deloitte. Si les entreprises peuvent prendre leur indépendance, les épargnants ne sont pas en reste. « Si vous promettez à des gens 5% de rendement quasi sans risque, il y a également un risque de décollecte de l’épargne réglementée même si pour l’instant il est minime », estime Baudoin Chopin de Janvry.

« Jusqu’à récemment, la finance traditionnelle percevait cette ‘jeune’ profession comme un concurrent. Pourtant, les ‘deux mondes’ sont bien complémentaires », constate Xerfi. Une dernière affirmation confirmée par Erwan Audouit, Responsable des partenariats et recherche et développement au Crédit Coopératif (Groupe BPCE). « Le crowdfunding n’est pas l’outil de ce que ne veulent pas faire les banques. Il propose à des entreprises de se faire connaître, de se créer une nouvelle communauté. Il apporte une vraie valeur ajoutée en plus d’avoir de l’argent », note-t-il. En effet, le Crédit Coopératif est actif dans le domaine de la finance participative. L’établissement a, entre autres, noué un partenariat avec la plateforme de crowdfunding SPEAR qui finance des entreprises mais en s’adossant à des prêts bancaires. « Notre gain est d’avoir apporté la solution à nos clients. Et des clients plus solides, qui se développent, ce sont des clients qui rapportent plus à une banque. » Dans la même veine, le régulateur britannique a indiqué qu'il comptait imposer aux banques de proposer à leurs clients une solution alternative lorsque leurs dossiers sont refusés.

Si les banques semblent avoir tout intérêt à s’allier à la finance participative pourquoi y vont-elles encore timidement ? « Les banques sont prudentes car s’il n'y a de la casse, que le client subit une perte et que leur nom est associé, leur image en pâtira. Or la confiance du client est l’un des principaux actifs bancaires », déchiffre Baudoin Chopin de Janvry. « Notre engagement est fort. Le risque d’image est plus important que le risque économique », confirme Erwan Audouit. Néanmoins, les établissements bancaires ne seraient pas les seuls à bénéficier d’un rapprochement avec la finance participative. Pour que ce dernier atteigne le mass market, « il faudra nécessairement l’intervention des banques. Si vous voulez vraiment vulgariser le crowdfunding cela passera par un transfert d’une partie de l’épargne réglementée vers le prêt sur les plateformes », conclut le responsable de Deloitte.

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