Pourquoi vouloir casser France Télécom en y plaçant Anne Lauvergeon
Certains s'escriment à vouloir recaser Anne Lauvergeon: ils ont manoeuvré pour qu'elle ait EDF, puis la direction générale de la BPI. Et maintenant ils la voient chez France Télécom. Ce serait une catastrophe !
Selon certaines informations publiées ce matin par "la Lettre de l'Expansion", le gouvernement regarderait la possibilité de remplacer Stéphane Richard, actuel patron de France Télécom, par l'ancienne présidente d'Areva, Anne Lauvergeon, remerciée en juin 2011 par François Fillon. Cette gazette affirme que celle que l'on surnomme "Atomic Anne" aurait "signifié aux deux collaborateurs qui l'aident pour lancer le fonds d'investissement sur les énergies renouvelables qu'elle jetait l'éponge".
Au moment où le gouvernement essaie de faire croire qu'il a une politique industrielle, et qu'il entend respecter à la lettre les règles de gouvernance des entreprises publiques, il serait curieux de voir les pouvoirs publics céder aux caprices d'une ancienne sherpa de François Mitterrand qui n'a pas su retrouver un job, plus de 18 mois après la fin de son mandat chez Areva, et qui, en dépit d'un forcing impressionnant auprès de Pierre Moscovici, n'a pas pu emporter la direction générale de la Banque Publique pour l'Investissement.
Ce n'est pas une question de personne. Anne Lauvergeon a sûrement de grandes qualités, notamment en matière de géopolitique et de diplomatie internationale. Mais les comptes passés d'Areva montrent qu'elle n'a pas su gérer au quotidien cette formidable entreprise qu'elle avait pourtant elle-même constituée à partir de la fusion de la Cogema et de Framatome. De surcroît, depuis qu'elle a quitté Areva, elle a déployé une énergie colossale à démonter la stratégie de l'Etat en matière de gestion de ses participations. Ce qui s'accorde mal avec la volonté de gérer France Télécom, dont l'Etat est toujours le premier actionnaire.
Mais surtout, la vraie question que les administrateurs et les actionnaires de France Télécom devraient se poser est : pourquoi donc faudrait-il remplacer Stéphane Richard qui, depuis qu'il a succédé à Didier Lombard, n'a pas cessé de faire le job ? Pourquoi faudrait-il remplacer un patron qui a réussi à maintenir le cap de son groupe en dépit d'un environnement concurrentiel en pleine mutation, tout en ramenant le calme chez ses salariés? Preuve en est que 81 % des salariés de France Télécom se disent fiers de leur entreprise, alors qu'ils n'étaient que 39 % en 2010. C'est dire à quel point est saugrenue l'idée - si elle existe vraiment - de remplacer Stéphane Richard par Anne Lauvergeon. Au risque de casser tout ce travail qui a été fait par l'ex-opérateur public au cours des dernières années.
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