Groupama ou la revanche des mutualistes
Jean Azéma, le patron de Groupama, a été révoqué hier par les administrateurs des mutuelles, qui lui ont fait payer ses erreurs et sa volonté d'affranchissement.
Le mutualisme n'est décidément pas soluble dans le capitalisme. C'est ce que montre, une fois encore, l'affaire Groupama, après les affaires Caisses d'Epargne ou les remue-ménages qui ont affecté le Crédit Agricole. Comme à chaque fois, c'est donc le même scénario qui s'est déroulé : les mutuelles confient la barre d'un navire - toujours très riche - à un dirigeant, qui cherche à la fois à imprimer sa marque par une forte ambition de développement et à s'affranchir le plus vite possible de ceux qui l'ont nommé.
C'est exactement ce qu'a fait Jean Azéma. Et il serait bien malhonnête de jeter aujourd'hui le bébé avec l'eau du bain. Car sur le plan "industriel", le bilan de son action à la tête de l'assureur est loin d'être négatif. Réaménagement du nombre de caisses régionales, mise en place d'une politique commerciale agressive qui lui a permis de gagner des parts de marché, extension à l'étranger et un projet de cotation qui devait lui permettre de rééquilibrer les pouvoirs au sein du groupe.
Mais dans le monde mutualiste la règle est simple. Le management a tous les pouvoirs. Il a une très grande marge de manoeuvre. Il peut nouer les alliances qu'il veut. Il a peu de comptes à rendre, surtout lorsqu'il n'est pas coté. Mais il ne faut pas - surtout pas - écorner la tirelire constituée par des dizaines d'années de cotisations perçues notamment au sein du monde agricole.
Or Jean Azéma, tel Don Calogero Sedara dans le Guépard, cet ancien métayer du Prince Salina devenu riche au point de vouloir marier sa fille au neveu de son puissant voisin, a tellement bien modernisé Groupama, et l'a si bien mis en ordre de marche pour un développement international, qu'il a fini par se frotter lui aussi à des "guépards" des temps modernes, tel Vincent Bolloré, qui l'a emmené dans sa conquête d'Italie, d'où il n'a pu ramener ni le groupe Toro, ni - heureusement - Fonsai, tel Daniel Bouton, qui a fait de Groupama le principal actionnaire de la Société Générale, ou encore tel Henri Proglio, qui l'a fait entrer au saint des saints de Veolia. Autant de lignes qui coûtent aujourd'hui très cher en moins-values potentielles.
Mais le plus problématique chez Groupama, c'est son exposition aux créances souveraines. A fin juin, l'assureur avait en portefeuille près de 3 milliards d'euros de créances sur la Grèce, l'Italie, l'Espagne, l'Irlande et le Portugal. De quoi inquiéter les agences de notation, qui ont dégradé Groupama il y a quelques semaines. De quoi terrifier surtout le collège des assurances de l'Autorité de Contrôle Prudentiel que dirige Jean-Philippe Thierry, l'ancien patron des AGF.
Il y a tout juste un mois, Jean Azéma avait tenté de réagir aux rumeurs qui concernaient son groupe en annonçant un plan d'économies et en reconnaissant ouvertement et de manière plus que maladroite que "la situation est un peu tendue". Dans ces conditions, il n'est pas anormal que le conseil d'administration ait décidé de prendre ses responsabilités. Même s'il a lui aussi pêché en tardant à réagir.
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article
À lire aussi
17/09/2021 - 10:31

