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Blockchain : où en est-on ?

Si le potentiel considérable de cette technologie de gestion de données est désormais largement reconnu par les acteurs financiers, elle tarde à se traduire en outils concrets. La Fédération des Tiers de Confiance fait le point sur les cas d’usage et les zones de blocage persistantes.
Carte bleue - paiement - illustration
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Le nouveau groupe de travail, lancé ce mercredi par la Fédération des Tiers de Confiance, illustre bien la diversité des métiers concernés par l’essor de la technologie Blockchain : avocats, entrepreneurs, experts informatique… Cette initiative s’ajoute aussi à toutes celles qui cherchent à établir un cadre concret pour utiliser ce mécanisme déjà vieux d’un peu moins de 10 ans. Et son potentiel semble infini : ce système de stockage de données permet en effet d’enregistrer de façon irrévocable une transaction sur une base de données, accessible au public ou du moins à plusieurs acteurs d’un même secteur, au sein de « blocs » successifs, transparents et facilement traçables. Mais il reste du chemin avant de pouvoir pleinement adapter cette technologie aux différents acteurs économiques.

Le système de monnaie Bitcoin, qui représente la première utilisation du Blockchain, a illustré plusieurs problèmes : entièrement publique, la plateforme accueille n’importe quel utilisateur, dans l’anonymat total. La monnaie virtuelle ayant été largement utilisée à des fins frauduleuses, quelles procédures pourraient permettre de défendre juridiquement les victimes de fraudes ? En outre, si un acteur malveillant parvenait à détenir plus de la moitié de la puissance de calcul d’une blockchain, il pourrait facilement corrompre et manipuler toute la base de données.

Ces difficultés peuvent être résolues par une blockchain privée ou « hybride », limitée aux acteurs d’un même secteur, à condition de s’accorder sur certains « standards », pour définir notamment les conditions de validité d’une transaction, ou le niveau de « publicité » de la plateforme. A supposer que les acteurs s’entendent, ce système peut aussi bien fonctionner pour des transactions financières que pour des actifs physiques, la signature d’un contrat, ou programmer le versement d’un héritage. François Dorléans, de Stratumn, une société qui fournit des solutions Blockchain, évoque même son usage pour garantir la transparence des essais cliniques.

Dans le monde de la finance, le principal avantage consiste à se passer de plusieurs intermédiaires et tiers de confiance pour certaines opérations, comme les paiements internationaux, pour se reposer sur des processus décentralisés et facilement traçables, en réalisant d’importantes économies. Les premiers outils commencent à voir le jour : début janvier, le Nasdaq lançait « Nasdaq Linq », une plateforme d’échange de titres entièrement basée sur la blockchain. Par ailleurs, plusieurs banques françaises comme BNP Paribas et Natixis ont rejoint depuis quelques mois le consortium R3, qui explore le potentiel de cette technologie avec également le soutien de JPMorgan et Goldman Sachs. La société a d’ailleurs annoncé début mars avoir testé un nouveau système de transactions obligataires basé sur la blockchain, avec quarante des plus grandes banques mondiales. Dans l’Hexagone, la CDC a lancé en décembre un « laboratoire d’innovation », en partenariat avec entre autres AXA, BNP Paribas, BPCE, le Crédit Agricole et Croissance Plus.

Ce mouvement de partenariat est précisément encouragé par les spécialistes. Pierre-Alexis de Vauplane, ‎chargé d'affaires chez Gravitation, rappelle que le rapport "Fintech 2020: reprendre l'initiative", auquel il avait participé avec CroissancePlus et PMEfinance, recommandait une collaboration entre les start-ups et les acteurs institutionnels, pour établir des cas d’usage et adapter la réglementation. L’Etat pourrait également adouber certaines blockchains, ou du moins donner une force juridique aux transactions. Si certains députés évoquaient la semaine dernière, lors d’un colloque, la possibilité d’intégrer des éléments de régulation au projet de loi numérique ou du projet de loi Sapin II, le président de l’Arcep Sébastien Soriano préférait se « mettre en retrait et créer les conditions de l'émergence de la confiance pour la multitude ». Reste également des questions plus techniques afin de parvenir à une base de données commune, comme le nombre de transactions, qui pourrait atteindre 150 par seconde, selon Pierre-Alexis de Vauplane.

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