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Taux - Dette Souveraine / Taux-dette souveraine

Taux - Dette Souveraine
Taux-dette souveraine

Pourquoi les investisseurs payent pour acheter la dette française

La France a levé près de 8 milliards d’euros de titres à 3 et 12 mois ce matin à des rendements négatifs. Depuis août, le pays s’endette à des taux négatifs à court terme. Mais la tendance pourrait s’inverser l’an prochain, en particulier si la Commission retoque le budget ou applique des sanctions.
AFT - bureaux
AFT - bureaux

Malgré la mise sous perspective négative de la France vendredi dernier par S&P, et alors que la Commission devrait renvoyer la copie de la France dans quelques semaines, le Trésor continue de lever à des prix historiquement bas. Vendredi soir, l’agence de notation soulignait les risques liés à la consolidation budgétaire et à la mise en œuvre de réformes structurelles, qui pourraient entraîner « une détérioration des finances publiques au-delà de 2014 ». Ce matin pourtant, le Trésor faisait carton plein et émettait le maximum du montant visé, soit 7,8 milliards d’euros à 3, 6 et 12 mois. Non content d’avoir atteint le haut de la fourchette, le Trésor a émis à des taux négatifs sur chacune des échéances (-0,038%, -0,03% et -0,03%). Depuis fin août, le pays s’endette à des taux négatifs sur ses échéances de court terme. Ce qui signifie que les investisseurs perdent de l’argent sur la France, qui est au contraire rémunérée pour le placer ! Une situation assez paradoxale vu le contexte macro économique du pays actuellement. Mais qui s’explique par la baisse généralisée des rendements souverains en Europe et le fait que la France reste considérée comme un placement sûr, du moins à court terme, malgré les avertissements extérieurs. "La France ne présente pas de risque d’insolvabilité et l’investisseur sait par ailleurs que, si nécessaire, la France peut rapidement dégager des recettes fiscales ou plutôt réduire les dépenses" explique René Defossez, analyste chez Natixis.

Il faut espérer que les taux ne remontent pas trop vite et que les investisseurs ne désertent pas la dette française l’an prochain. Car les émissions de l’AFT pour 2015 devraient s’élever à 188 milliards d’euros, nettes des rachats, soit 15 milliards de plus que cette année et la plus forte hausse du financement de moyen et long terme depuis 2010. Une hausse principalement due à une forte augmentation des remboursements, qui atteindront 119,5 milliards d’euros l’an prochain. Il faut espérer également que le Trésor rencontre la même forte demande en 2015 que cette année : les ratios de couverture ont atteint 2,47 en moyenne, allant même jusque des demandes plus de 3 fois supérieures à l’offre pour les échéances à 7 ans depuis janvier. « L’appétit pour les titres intermédiaires et longs a permis au Trésor d’émettre davantage sur les segments un peu plus éloignés sur son programme obligataire, la maturité moyenne de ce dernier passant de 8,5 années en 2013 à près de 9,1 année en 2014 » explique Jean-Christophe Caffet de Natixis.

Le gouvernement a tout de même pris des précautions au cas où l’attrait des marchés pour la dette française viendrait à s'inverser au cours de l’année prochaine : le texte du projet de loi de finance prévoit ainsi un taux 10 ans de 2,2% contre 1,24% actuellement, évaluant la charge de la dette à hauteur de 44,3 milliards d’euros. Une prévision de taux relativement pessimiste selon les analystes, et qui devrait permettre au gouvernement d’avoir une certaine marge si le dix ans ne prenait pas les 100 points de base prévus dans le PLF. S’il n’est pas improbable que les intérêts payés par l’Etat soient finalement inférieurs à cette anticipation, il y a cependant peu de chance pour qu’une nouvelle réduction de la charge de la dette puisse compenser une ouverture supplémentaire du déficit, comme ce fut le cas cette année, estime Natixis.

Le gouvernement ne pourra donc pas compter sur la bienveillance actuelle des investisseurs pour combler son déficit, qui, selon le PLF devrait passer de 4,1% du PIB cette année à 4,4% l’an prochain. Si la Commission exige des efforts supplémentaires fin novembre et renvoie la copie au gouvernement, voire décide d’appliquer des sanctions, la dette du pays pourrait subir un certain refroidissement de la part des investisseurs.

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