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Hinkley Point finalement entre les mains des Anglais

Alors que le projet a été approuvé hier par EDF, le nouveau gouvernement britannique a décidé de mettre son grain de sel et se donner un nouveau temps de réflexion. Une décision qui a surpris tout le monde et qui commence à faire grincer des dents.
Hinkley Point
Hinkley Point

EDF l’avait dit : le Brexit ne remet pas en cause la réalisation d’Hinkley Point en Angleterre. Aujourd’hui, rien n’est moins sur. Alors qu’EDF présentait ce matin ses résultats semestriels tous les esprits étaient tournés vers ce projet de centrale nucléaire du Sommerset. Approuvé difficilement hier par 10 voix contre 7 (les 6 administrateurs salariés et l'administratrice indépendante et ancienne présidente du Medef Laurence Parisot), le projet fait face à un nouveau point d’échauffement. Londres a annoncé dès hier soir, qu’elle avait besoin de réexaminer tous les détails du projet, avant de prendre une décision cet automne. « Il est simplement normal d'examiner les détails avant de prendre une décision », a précisé une porte-parole du ministère des Entreprises, de l'Energie et de la Stratégie industrielle. Face à ce revirement de situation, le président d’EDF, Jean-Bernard Lévy temporisait ce matin en soulignant avoir pris note de cette information nouvelle mais « nous attendons avec confiance la réponse de la Grande-Bretagne ». De son côté, le ministère de l’Economie avoue ne pas avoir été surpris par l’annonce des Anglais. « On retient qu'EDF avec son conseil d'administration s'est mis en situation de signer un accord avec les autorités britanniques et chinoises. Après, on comprend évidemment que le gouvernement britannique, dans la situation actuelle, souhaite disposer de quelques semaines avant de donner son accord final », a ainsi commenté Bercy.

Mais la décision des Anglais d’une fois de plus, faire entendre leur voix, alors que tout semblait être bouclé, fait peser sur le projet un nouveau point d’interrogation. Les journaux britanniques s’interrogent d’ailleurs sur un tel retournement de situation. La BBC soulève ainsi que les aspects environnementaux pourraient peser dans la balance mais aussi que le fait qu’un gouvernement étranger, par conséquent les Chinois partie au projet, poserait problème aux Britanniques. Ce revirement de situation a tout de même pris tout le monde de court et la BBC se demande même si ce n’est pas le début de la fin du projet.

Pourtant, rien ne laissait entrevoir une telle réponse de la part des Britanniques. Les représentants d’EDF, du Chinois China General Nuclear Power Corporation et celui du gouvernement britannique devaient en effet se retrouver aujourd’hui pour signer le contrat et sceller leur partenariat pour la construction de ces réacteurs nucléaires, élevés dans le Sommerset. Ce projet de 18 milliards de livres devait être financé à hauteur de 12 milliards par EDF et 6 milliards par l’investisseur chinois, Londres ayant donné son accord sur le prix de la revente de l’électricité, deux fois plus élevé que les prix actuels du marché. Les critiques du côté britannique, de la part d’avocats, de financiers et même de professeurs d’universités, avaient alors fusé sur un tel niveau de prix, dans un contexte de baisse des prix de l’électricité ces dernières années.

Mais ce tout ne se joue pas qu’au plus haut niveau de la hiérarchie du pouvoir. Les syndicats d’EDF, déjà vent debout contre le projet depuis plusieurs mois, ont dénoncé une décision politique, soulignant ainsi que cette dernière a été prise « contre l'avis unanime des administrateurs salariés » et qu’ils protestent contre un « passage en force, inédit dans l'histoire de l'entreprise ». Et même les syndicats britanniques s’y mettent. Le premier syndicat britannique, Unite, a déploré vendredi la décision de Londres de reporter à l'automne sa décision finale sur le lancement du projet, « tout nouveau retard ou rétropédalage pénaliserait la croissance économique et les milliers de créations d'emplois attendues de ce projet d'infrastructure majeur », a prévenu le responsable pour l'énergie de Unite, Kevin Coyne. Pour Justin Bowden, responsable de la branche énergie du syndicat GMB, la décision de la Première ministre Theresa May de retarder son choix est « ahurissante et folle ». « Après des années d'atermoiement, on a besoin d'action et pas de tergiversations et de nouveaux retards », a-t-il déclaré à l'agence de presse britannique PA.

Et même d’un point de vue financier, ce projet est loin de faire l’unanimité. Paul Marty, Vice President, Senior Credit Officer chez Moody’s estime ainsi que si ce projet devait tout de même être engagé, « il serait, du fait de son envergure et de sa complexité, de nature à détériorer le profil de risque, à la fois commercial et financier » d’EDF. Le groupe devra faire face à une phase d’investissement longue (la centrale étant prévue pour une exploitation en 2026) sans rentrée de trésorerie. Un argument que les syndicats du groupe avaient soulevé, du fait d’un montant de la dette déjà très élevée, ce dernier atteignant au 30 juin à 36,2 milliards d’euros. Un argument aussi utilisé par Thomas Piquemal, directeur financier du groupe, qui avait démissionné en mars dernier. Tout est encore loin d’être totalement bouclé dans ce dossier, qui traîne en longueur depuis 10 ans, les Anglais, une fois de plus, voulant prendre leur décision en dernier ressort…

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