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Vers un euro à 1,4 dollar?

La monnaie unique s'est appréciée de plus de 12% en cinq mois, et l'accélération depuis janvier risque de pénaliser la croissance. Une stabilisation de l'euro est cependant attendue au deuxième semestre.
L'euro a franchi ce matin le seuil symbolique des 1,35 dollar, pour la première fois depuis décembre 2011. Un niveau qui était présenté par les analystes comme majeur d'un point de vue technique, et au-delà duquel la monnaie unique se trouverait en mesure d'accélérer sa progression. L'euro a également touché un plus haut de 21 mois contre le yen, à 122,94 yens. Un miracle quand on songe qu'il y a à peine un an, les plus pessimistes estimaient que la monnaie unique risquait de voler en éclats, mais dont il ne faudrait pas se réjouir trop vite. Une trop forte hausse de l'euro risque de pénaliser la compétitivité et les exportations du Vieux Continent. Rappelons qu'en juillet dernier, avant que Mario Draghi n'annonce qu'il ferait tout pour sauver l'euro et dévoile un programme de rachat de titres souverains en montants illimités, la monnaie unique s'échangeait à 1,20 contre le dollar. Les propos du président de la BCE ont ensuite permis à l'euro de reprendre quelques couleurs et de s'apprécier de plus de 12% en cinq mois. Mais depuis la fin de l'année dernière, cette hausse s'est encore accéléré et la monnaie unique a pris 3% en à peine un mois. Plusieurs facteurs permettent d'expliquer cette appréciation quasi continue de l'euro. Les politiques monétaires très accommodantes menées aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et au Japon, tandis que Francfort reste sur une ligne plus conservatrice, en termes d'injection de liquidités. "La BCE est la seule banque qui n'est pas entrée dans un comportement coopératif vis-à-vis de son économie", explique René Defossez, analyste chez Natixis. "Alors que tous les pays ou presque ont décidé de relancer leur croissance en faisant du dumping sur leur monnaie, l'euro subit nécessairement des pressions haussières", explique à son tour le fondateur d'Euroland, Marc Fiorentino. L'environnement "risk on" des investisseurs depuis le début de l'année justifie également le regain de confiance dans une monnaie un temps délaissée. "L'afflux de fonds étrangers dans les pays périphériques depuis la fin de l'année, 100 milliards d'euros selon le Financial Times, signifie aussi la vente de dollars et l'achat d'euros, ce qui a certainement contribué aussi à faire monter la monnaie unique", explique un gérant de portefeuille français. Dans ces conditions, "l'euro pourrait atteindre 1,40 dollar à court terme", estime l'analyste de Natixis. Mais à long terme, il y a fort à parier que la monnaie unique se stabilise, voire rétrocède une bonne partie de ses gains. Car en cas d'appréciation trop rapide de l'euro, la BCE devrait intervenir pour faire baisser les taux. "Francfort n'est pas insensible au comportement de l'euro et agira de la même façon que les autres banques centrales, pour maintenir la monnaie unique à des niveaux raisonnables", explique René Defossez. La zone euro n'est pas non plus à l'abri d'une reprise des tensions, en cas de dérapage espagnol par exemple, qui à terme ferait baisser la monnaie unique. Surtout, le dollar devrait finir par se reprendre, alors que les Etats-Unis bénéficieront d'une reprise sensible cette année, notamment grâce à l'amélioration de leur situation extérieure (moindre dépendance énergétique avec l'exploitation du gaz de schiste...). Si la zone euro peut donc craindre à court terme pour ses exportations, qui risquent de pâtir d'une monnaie trop chère, cette situation devrait se stabiliser dès la deuxième partie de l'année, estiment la plupart des analystes.
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