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La dégradation du marché de l’emploi mondial en 2017 va accentuer les migrations économiques

L’organisation internationale du travail n’est guère optimiste pour les douze prochains mois. La croissance devrait détruire plus d’emplois qu’elle ne va en créer car la reprise est trop molle. Et ce sont les pays émergents qui sont les plus exposés. Les pays développés pourraient faire face à une nouvelle poussée migratoire.
Map monde
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Les perspectives dessinées par l’organisation internationale du travail (OIT) font l’effet d’une douche froide. Ou plus exactement font office d’un retour à une certaine réalité après la série de publication d’indicateurs économiques au-dessus des estimations sur le quatrième trimestre de 2016 pour l’économie mondiale. Ainsi, elle annonce dans un rapport publié cette nuit que “le taux de chômage dans le monde devrait légèrement augmenter en 2017, pour s’établir à 5,8% (contre 5,7% en 2016) et le nombre de chômeurs croître de 3,4 millions portant le chômage total à un peu plus de 201 millions en 2017”. Cette estimation repose sur l’analyse d’une économie mondiale encore trop convalescente : “La croissance de l’économie mondiale a atteint en 2016 son plus bas niveau depuis six ans à 3,1%, bien au-dessous des projections faites un an plus tôt, déplore l’OIT. A l’avenir, l’économie mondiale devrait, selon les prévisions, enregistrer une progression modeste en 2017 (3,4%) et en 2018 (3,6%). Les résultats décevants de 2016 et les perspectives d’évolution inférieures à la tendance pour 2017 soulèvent des inquiétudes sur la capacité de l’économie à créer des emplois en nombre suffisant, améliorer la qualité des emplois existants et assurer une redistribution équitable des fruits de la croissance.”

“Ce rapport est une alerte supplémentaire sur les risques d’instabilité sociale et politique encourus à l’échelle planétaire et l'urgence qu'il y a à rééquilibrer le modèle de distribution des revenus”, réagit l’économiste Véronique Riches-Flores. En effet, pour les pays développés et comme cela a déjà commencé, le nombre de chômeurs devrait reculer en 2017 d’environ de 670 000 personnes permettant d’avoir un taux de chômage à 6,2% contre 6,3% pour 2016. Cependant, “tant en Europe qu’en Amérique du Nord, le chômage de longue durée reste élevé par rapport à son niveau d’avant la crise et il a même augmenté récemment en Europe, en dépit d’un taux de chômage en baisse, constatent les experts de l’organisation. De fait, dans l’Union européenne, la part des personnes au chômage depuis douze mois ou plus (par dans les personnes déclarées au chômage, ndlr) a atteint 47,8 pour cent au deuxième trimestre de 2016, contre 44,5 pour cent à la même période en 2012. En outre, au cours de la même période, plus des deux tiers des chômeurs de longue durée – soit 6 millions de personnes – étaient au chômage depuis plus de deux ans.”

Pour les pays émergents, la situation est toute autre : “les pays en développement devraient aussi voir le nombre de chômeurs augmenter en 2017 de 450 000 personnes, et le taux de chômage tourner autour de 5,5% en 2017 et 2018”, prévoit l’OIT. Derrière ce chiffre, il y a surtout un état très dégradé du marché de l’emploi. “L’emploi vulnérable est le lot de près d’un travailleur sur deux dans les pays émergents et même de près de quatre travailleurs sur cinq dans les pays en développement, signale ainsi l’organisation internationale. Le nombre de travailleurs occupant un emploi vulnérable devrait dès lors augmenter de 11 millions par an dans le monde. Les deux régions les plus touchées sont l’Asie du Sud et l’Afrique subsaharienne.”

Et rien ne semble contredire cette évolution. “Le monde émergent, à son tour, est happé par une détérioration très significative du marché de l’emploi et une moindre capacité à garantir l’élévation du statut social des salariés, résume Véronique Riches-Flores. Il témoigne à son tour du changement profond de paradigme à l’échelle mondiale où l’emploi qualifié de vulnérable par l’OIT toucherait 42 % (1,4 milliards) de l’emploi total.” Olivier Chemla, économiste à l’Association française des entreprises privées, ajoute : “La fragilité des émergents pourrait s'accentuer cette année du fait de la politique économique des Etats-Unis avec le resserrement attendu de la Fed et les fortes incertitudes sur la politique commerciale”. Une situation d’autant plus préoccupante que les pays émergents ont aussi à gérer un mouvement de capitaux défavorables face à la politique monétaire américaines. “Les sorties de capitaux peuvent exercer une pression sur le financement des comptes courants des pays émergents, s'ils sont déficitaires, rappelle Manolis Davradakis chargé de la recherche et de la stratégie des investissements chez AXA IM. Les entrées de capitaux vont ralentir sans chuter dans les proportions connues entre 2013 et 2015”.

Cette situation des pays émergents, si elle se confirme, va accentuer les exodes de populations. “Le mécontentement à l’égard de la situation sociale et le manque de possibilités de travail décent sont parmi les raisons qui poussent à émigrer, avertit l’OIT. De fait, entre 2009 et 2016, la part de la population en âge de travailler désireuse de migrer n’a cessé d’augmenter dans toutes les régions du monde, à l’exception de l’Asie du Sud et de l’Asie du Sud-Est-Pacifique. C’est en Amérique latine et aux Caraïbes ainsi que dans les Etats arabes que l’on observe les plus fortes hausses.” Ce qui lance un vrai défi aux différentes organisations internationales qui participent à la régulation de l’économie mondiale et non plus seulement aux politiques d’accueil propres à chaque pays : “Le sujet des migrations économiques reste un enjeu planétaire majeur, pointe Olivier Chemla. Contrairement à la pratique courante, il devient urgent de traiter cette question au niveau mondial, tant les impacts sont réels autant pour les pays d'émigration que pour les pays d'accueil.” Un sujet rendu explosif avec les migrations de guerre.

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