Danone n’a pas intérêt à brader sa division de nutrition médicale
Si le titre
Danone a peu réagi ce matin à l’annonce portant sur sa division de nutrition
médicale (le titre gagne 0,7% à 49,7 euros), l’information comporte son lot d’interrogations.
Selon les Echos, le groupe agroalimentaire a reçu quatre offres pour reprendre
cet actif, émanant de Nestlé, de l’allemand Fresenius, leader mondial de la
dialyse, d’un industriel et enfin du fonds nordique EQT Partners. Rappelons que
ce projet de spin-off avait fait l’objet de premières fuites le mois passé, et les
noms de Nestlé, Abbott et Baxter avaient été évoqués.
Or, cet actif
hérité lors de l’acquisition de Numico en 2007, cumule les atouts de croissance
et de rentabilité. La division a ainsi enregistré un chiffre d’affaires de 1,34
milliard d’euros, en hausse de 5,8% l’an passé (contre +3,2% pour les produits
laitiers et +4,8% pour le groupe) et affiche surtout la deuxième meilleure
rentabilité du groupe, avec une marge opérationnelle de 18,1% contre 13,1% à l’échelle
de Danone.
Les
analystes ne voient pas d’un très bon œil la vente d’un actif qui tire les
marges, qui aurait un impact dilutif sur le groupe de 2 à 3% sur son bénéfice
par action, surtout lorsque le chiffre avancé est de 3 milliards d’euros. Cela
ne représente qu’un peu plus de deux fois ses revenus et 12 fois son Ebit, ce
qui paraît faible. « Certes, le secteur a souffert des réductions de coûts
en Europe, mais bénéficie d’un vieillissement démographique de la population et
affiche une croissance proche de 10% en Europe, donc ce prix serait léger pour
une activité de niche », explique un analyste. Soit Danone ne vendrait qu’une
partie de l’activité pour ce prix, soit il faudrait s’approcher de 4 milliards
d’euros, soit près de 3 fois les revenus et 16 fois l’Ebit, pour que cela soit
favorable à Danone.
Dans ces
conditions, pourquoi le groupe emmené par Frank Riboud songe-t-il à se séparer
de cette division saine et rentable, alors même qu’il n’a pas besoin de cash
pour se désendetter ? Le groupe pourrait être dans une stratégie de
recentrage afin de pousser les feux dans ses métiers clé, à savoir les produits
laitiers et l’alimentation pour bébé. La consolidation est en marche dans ces
métiers, et Danone a pour but de se renforcer sur les marchés en forte
croissance, surtout en Asie. Mais il s’agit d’une stratégie au long cours, et
Danone a démontré avec ses dernières emplettes en Chine, en Russie et au Maroc
qu’il savait continuer à se développer dans les émergents, sans se précipiter.
Autre
explication : le groupe a des projets de M&A et veut à tout prix
éviter de passer la barre d’endettement à 3 fois l’Ebitda, qui le ferait tomber
en catégorie spéculative (il est noté A3 et A+ par Moody’s et S&P). Mais
pour les analystes, une retombée provisoire en high yield ne serait pas
problématique en soi, surtout si c’est pour financer un projet de croissance.
Dernier
scénario possible, si Danone complète cette cession et ne trouve pas de cible
majeure à acquérir : procéder à des rachats d’actions. Un procédé qu’il a
déjà largement utilisé par le passé et a pu satisfaire l’actionnaire, mais qui
n’apporte aucune solution de long terme sur le développement de l’entreprise.
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