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Projet de loi de finance : Bruno Le Maire défend un budget offensif
"Nous avons fait le choix de la sincérité", a affirmé ce matin le ministre de l'Economie en introduction de la présentation du très attendu projet de loi de finance 2018. Une expression maintes fois employée par les précédents gouvernements pour décrire leurs propres projets, mais qui semble cette fois-ci s'appuyer sur une transformation réelle de la fiscalité française, et sur une réduction des dépenses publiques exigeante, de 3 points sur l'ensemble du quinquennat.
Si la conjoncture est plutôt bonne avec une croissance qui devrait atteindre 1,7% cette année et en 2018, pas question pour autant de relâcher les efforts, bien au contraire. "Nous ne voulons pas reproduire les erreurs qui ont pu être faites par le passé, où à chaque fois qu'il y avait une éclaircie, on reportait les décisions nécessaires pour accélérer la transformation économique de notre pays", a déclaré Bruno Le Maire. Et de citer pour justifier son propos la récente réforme du Code du travail, la réforme de l'assurance chômage et celle de la formation professionnelle, comme autant de mesures destinées à profiter de la conjoncture favorable pour changer de cap et mettre la croissance au service de l'emploi.
Premier volet de ce PLF: une transformation de la fiscalité, qui permette aux entreprises d'investir et de créer des emplois et de la richesse : comme attendu, le ministre a confirmé la mise en place d'un prélèvement forfaitaire unique de 30% sur les revenus du capital (hormis les livrets A, LDD, PEA qui continueront d'être défiscalisés) et la suppression de l'ISF, remplacé par un impôt sur la fortune mobilière. Le but étant de ramener le capital vers l'investissement, pour que les entreprises puissent se financer plus facilement. Le ministre a par ailleurs confirmé la diminution progressive de l'impôt sur les sociétés, qui devrait être ramené de 33,3% actuellement à 25% d'ici la fin du mandat d'Emmanuel Macron. "Nous voulons récompenser le risque et l'audace (...) et souhaitons créer de la richesse avant de vouloir la distribuer", a affirmé le ministre.
Afin de ne pas louper le train de la révolution technologique, le ministre a ensuite affirmé que le nouveau budget était destiné à soutenir "l'économie de la création". Comment ? En misant sur les dispositifs de soutien à la recherche, avec notamment la poursuite du crédit impôt recherche, qui devrait être déplafonné et simplifié pour les PME. Bruno Le Maire a par ailleurs annoncé la création d'un fonds de 10 milliards d'euros pour l'innovation de rupture, qui sera financé par les cessions des participations de l'Etat dans les entreprises de secteurs non stratégiques.
Du côté des ménages, le ministre a confirmé la suppression progressive de la taxe d'habitation (pour 80% des foyers), avec une première étape de 3 milliards d'euros en 2018, et la suppression des cotisations chômage et maladie pour les salariés du privé, compensée par une hausse de 1,7 point de la CSG. "Le défi est que la transformation de notre modèle économique, telle que nous vous l'avons présentée aujourd'hui dans ce projet de budget, bénéficie à tous les Français", a martelé le ministre, qui estime que les citoyens devraient notamment connaître une hausse de leur salaire net grâce à la suppression des cotisations ou de la taxe d'habitation.
Alors que le Président de la République a dévoilé hier à la Sorbonne ses ambitions pour l'Europe basée sur une liste de 27 projets concrets destinés à accélérer l'intégration de l'UE, le ministre de l'Economie a ce matin rappelé que la France ne pourrait se faire entendre si elle ne respectait pas ses engagements européens : "il faut respecter l'Europe pour la transformer", a affirmé Bruno Le Maire, rappelant que la France est le dernier Etat d'Europe avec l'Espagne à être toujours en procédure de déficit excessif, et ce depuis 2009. Ce qui lui a fait perdre toute crédibilité sur la scène européenne.
Le gouvernement s'est donc fixé pour objectif de ramener le déficit à 2,9% du PIB cette année, puis 2,6% l'an prochain. Comment ? En réduisant le taux des dépenses publiques de 0,7 point cette année, grâce à près de 15 milliards d'euros d'économies par rapport à la hausse spontanée des dépenses. Sur l'année 2018, la baisse sera plus faible, de 7 milliards d'euros seulement, la suppression des cotisations salariales étant prévue en deux étapes. L'Etat devrait réaliser une grosse partie des économies, puisque sur ces 15 milliards de réductions de dépenses prévues, 7 milliards seront réalisées sur le périmètre de l'Etat et 5 milliards sur celui de la Sécurité Sociale. Enfin, 3 milliards d'euros d'économies seront exigées des collectivités locales.
Selon Bruno Le Maire, le budget présenté aujourd'hui devrait être atteignable, puisque basé sur un scénario de croissance qualifié de "prudent" pour 2017 par le Haut Comité des Finances Publiques et de "raisonnable" pour 2018. "Nous devons aller vite, la transformation de l'économie ne peut pas attendre, ni celle de l'Europe. Il y a une fenêtre d'opportunité et elle est maintenant" a averti le ministre, en guise de conclusion, affirmant que la conjoncture pouvait se dégrader à tout moment, et que le levier des réformes ne pouvait donc plus être repoussé.
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