Private equity : des cibles toujours plus difficiles à trouver
Le private equity est de plus en plus victime d’un problème de riches, celui de l’abondance de capitaux mais de la difficulté de déployer son argent aussi rapidement et efficacement que possible. Le rapport que vient de publier Preqin montre que le secteur est resté dynamique au troisième trimestre : 953 opérations pour un total de 92 milliards de dollars, contre 93 milliards et 1047 deals au trimestre précédent. Les fonds de private equity évoluent lentement vers des opérations toujours plus ambitieuses, afin de mettre au travail les véhicules record qu’ils ont bouclés, mais en réalité, c’est surtout l’Asie qui a bénéficié du retour des méga LBO pendant l’été (32 milliards de dollars d’opérations, contre 9 milliards au Q2), avec deux transactions record : la reprise des puces mémoire de Toshiba par Bain Capital et Apple pour 18 milliards de dollars et celle du singapourien Global Logistics Group par un consortium d’investisseurs chinois pour 12 milliards de dollars.
De l'autre côté, Europe et Etats-Unis signent un trimestre en baisse, ce qui montre une raréfaction de l’offre, un véritable dilemme pour des investisseurs aux poches pleines. Les fonds sont ainsi incités à diversifier leurs deals et le nombre de PIPE (Private Investment in Public Equity), qui débouchent sur une sortie de cote, a explosé : ils représentent 26% des montants de LBO au Q3 selon Preqin et trois des dix plus grosses opérations du trimestre. En Europe, Hellman & Friedman vient tout juste de mettre 5,3 milliards de dollars pour sortir le spécialiste danois de services de paiements Nets A/S de la cote, tandis que cet été, Cinven et Bain Capital ont abondé 4,4 milliards de dollars pour s’adjuger le fabricant allemand de médicaments Stada. Autre preuve de ce début de pénurie : les multiples médians de LBO ont grimpé en flèche au troisième trimestre, selon Pitchbook, à 10 fois l’Ebitda contre une moyenne à 7,6 fois sur cinq ans.
Le contexte est périlleux pour les firmes de private equty, qui doivent affronter une concurrence ardue de la part des industriels mais aussi de leurs Limited Partners pour enchérir sur des cibles, si bien que les perspectives de rendement sont plus incertaines que jamais. Plusieurs fonds qui ont bouclé leurs levées et bouclé des deals dans la foulée, décident de temporiser, afin de ne pas surpayer leurs entreprises. Mais le cycle des M&A pourrait repartir très vite, notamment si des industriels bouclent de grosses fusions et cèdent des actifs périphériques, comme avec les produits à tartiner d’Unilever ou encore bientôt des actifs secondaires d’Alstom et Siemens.
Dans ce contexte, les banques d’affaires sont des partenaires essentiels pour être informés au plus vite des dossiers de private equity en cours, dans un monde de plus en plus intermédié. Selon The Deal, Morgan Stanley s’est distingué au troisième trimestre après avoir conseillé 80 opérations (dont 41 à la vente), suivie par Rothschild avec 70 deals (46 à la vente), et Houlihan Lokey, qui a réalisé 69 mandats (dont 60 à la vente).
Le classement de Preqin, qui englobe toutes les informations depuis le début de l’année, fait honneur quant à lui aux banques anglo-saxonnes : Barclays prend la première place, avec 51 deals pour un total de 81 milliards de dollars, suivi par Crédit Suisse (64 deals pour 77,3 milliards) et enfin Morgan Stanley (56 transactions, 75,1 milliards). La première boutique, Centerview Partners (64,2 milliards de dollars), pointe à la cinquième position, tandis que Lazard figure au huitième rang (36,5 milliards).
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