Quelles pistes pour la régulation des marchés agricoles ?
La France en a fait l'une de ses priorités pour sa présidence du G20 mais la spécificité des marchés de matières premières agricoles est très difficile à prendre en compte.
A la tête du G20, la France est bien décidée à inscrire à l'agenda international la régulation des marchés de matières premières agricoles. Mais la spécificité de ces derniers n'est pas facile à prendre en compte. Un rapport, dont une première mouture a été présentée en septembre, doit être remis prochainement au ministre de l'agriculture, Bruno Lemaire, pour tenter de poser les bases d'un futur cadre réglementaire.
Les marchés de matières agricoles ont un statut à part car ils sont essentiels à la sécurité alimentaire et à la lutte contre la pauvreté. Or, la volatilité sur ces marchés n'a fait que s'accroître ces dernières années. En 2008, alors que les prix du blé et du riz explosaient, près de quarante pays ont dû faire face à des émeutes de la faim. Si l'inquiétude sur la volatilité de ces marchés est largement partagée, les diagnostics et les remèdes ne font pas l'unanimité.
Lors d'une conférence organisée par le think-tank, European Institute of Financial Regulation, le président du Conseil d'Analyse Economique, Christian de Boissieu, qui travaille à la rédaction du rapport sur ces questions, a souligné combien il est difficile de déterminer comment interagissent marchés physiques et marchés financiers. Difficile aussi de dire si la financiarisation des marchés agricoles, avec le développement des contrats à terme, contribue à la volatilité sur ces marchés. Selon M. de Boissieu, les études empiriques prouvent tout et son contraire.
Pour le président de l'AMF, Jean-Pierre Jouyet, qui corédige le rapport, il faut appliquer aux marchés de matières premières agricoles les mêmes recettes que celles en préparation pour les autres marchés financiers avec la révision des directives Abus de Marchés et Marchés d'Instruments Financiers. Dans sa consultation sur le sujet rendue publique la semaine dernière, la Commission a d'ailleurs recommandé la compensation des contrats dérivés échangés de gré à gré. Elle préconise également de renforcer les obligations de transparence sur ces contrats pour les différents types d'intervenants.
Lors des entretiens de l'AMF en novembre, M. Jouyet a cependant souligné que les mesures applicables aux marchés financiers ne pouvaient suffire. Selon lui, il faut exiger la transparence sur les positions agrégées des intervenants et mettre en place de nouvelles structures de régulation des marchés physiques. Celles-ci devront coopérer avec les régulateurs des marchés financiers. Un tel partenariat vient d'être mis en place pour l'électricité et le gaz entre la Commission de Régulation de l'Energie (CRE) et le régulateur des marchés financiers. En matière de supervision des marchés agricoles, presque tout reste à faire. Au niveau français comme au niveau européen.
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17/09/2021 - 10:31

