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Les Etats-Unis maîtres du jeu sur le marché du pétrole

Alors que le Nigeria et la Libye pourraient bientôt plafonner leur production, les prix de l'or noir continuent de chuter. Seule une baisse des stocks américains fera repartir le baril : l'OPEP a perdu de son influence sur le marché, estiment les analystes. 
puits de pétrole
puits de pétrole

L'OPEP a beau multiplier les déclarations sur le plafonnement de sa production d'or noir, et avertir qu'une pénurie de pétrole pourrait avoir lieu si les investissements ne repartaient pas, les prix du Brent restent désespérément bas. Ainsi, alors qu'un des ministres de l'organisation a déclaré hier, lors du Congrès mondial du pétrole qui se tient à Istambul jusque jeudi, que la Libye et le Nigeria pourraient eux aussi plafonner leur production, le baril a continué de baisser, et s'échangeait ce matin à 46,6 dollars. Les deux pays du continent africain et membres de l'OPEP étaient jusqu'à présent exemptés de l'accord de novembre sur le plafonnement de la production, en raison de grèves et difficultés internes. Mais depuis le début de l'année, la situation s'est améliorée et les deux pays ont même contribué à accroître la production quotidienne de 400.000 barils par jour aux mois de mai et juin. Du coup, beaucoup d'analystes estimaient que l'accélération de leur production effaçait l'impact sur les prix du plafonnement de l'OPEP. Cette dernière les a donc convié à une réunion en Russie le 24 juillet pour discuter de la situation : s'ils ont réussi à stabiliser leur production, ce qui n'était pas le cas en fin d'année dernière, l'organisation pourrait alors leur demander de la plafonner aussi.

Mais il en faudra visiblement plus pour convaincre les marchés et faire repartir le baril à la hausse, les déclarations d'hier n'ayant eu aucun impact sur les prix. "Le sentiment du marché sur le pétrole est encore négatif et il faudra une forte baisse des inventaires américains pour inverser la tendance", estiment ainsi les analystes d'UBS. Si l'OPEP a donc un temps été le maître du jeu sur le marché de l'or noir, les cartes ont été redistribuées et les producteurs de schiste américains sont désormais tout aussi, voire plus influents que les pays du Golfe.  "Les prix du pétrole ont chuté cette année, dans un contexte de hausse de la production américaine de schistes bitumeux et de niveaux de stocks restant délibérément élevés", résume ainsi Timothy Lintern, stratégiste chez JP Morgan AM.

Le baril de Brent a effectivement chuté de plus de 16% depuis avril, où il s'échangeait encore autour de 56 dollars. Selon Harry Tchilinguirian analyste chez BNP Paribas, les marchés sont focalisés sur les chiffres américains qui ne montrent pour l'instant aucun signe d'essoufflement, bien au contraire : le nombre de foreuses en activité a fortement progressé depuis le début de l'année et les niveaux d'inventaires commencent tout juste à marquer le pas. "Le coeur du nouvel ordre pétrolier est que cette industrie n'est désormais plus un oligopole dominé par quelques grands acteurs du Golfe", résument ainsi les équipes de Goldman Sachs, selon lesquelles le marché est devenu plus compétitif avec de nombreux nouveaux producteurs, dont les Etats-Unis au premier chef. Les analystes utilisent l'exemple de la Fed, qui peut dicter la politique monétaire avec la certitude d'avoir un impact, étant la seule à imprimer la monnaie, et soulignent que l'OPEP n'est plus dans cette situation de monopole.

Le secteur pétrolier et gazier américain est d'ailleurs celui qui a le plus investi cette année, selon un rapport de l'Agence Internationale de l'Energie publié ce matin. L'AIE souligne ainsi que les investissements dans le secteur ont progressé de 3% en 2017 et que 53% de cette hausse s'explique par des dépenses aux Etats-Unis. Les producteurs américains ont accru les investissements pour améliorer leur technique de fracturation hydraulique et de forage horizontal qui ont boosté l'industrie, expliquent les auteurs du rapport. Ils soulignent aussi que si cette reprise des investissements est une bonne nouvelle, après le recul des dépenses dans le secteur, depuis le krach pétrolier de mi-2014, elle ne devrait pas suffire à éviter une potentielle pénurie de pétrole dans les prochaines années.

Un avertissement réitéré par le président d'Aramco hier, lors du Congrès d'Istambul. Amin H Nasser a ainsi affirmé que le niveau d'investissement était de plus en plus inquiétant : il aurait ainsi reculé de plus de 1.000 milliards de dollars depuis mi-2014, et de 26% sur la seule année dernière, selon les chiffres de l'AIE. Le président de la société pétrolière a tenté de réaffirmer la primauté du pétrole malgré l'émergence des énergies renouvelables et martelé que sans une reprise des investissements, la transition énergétique sera compromise. "Le monde ne pourra se passer prématurément de ressources fiables et prouvées comme le pétrole et le gaz", a-t-il affirmé. Preuve une fois de plus, que les pays de l'OPEP craignent pour leur avenir alors que l'économie d'une grande partie d'entre eux dépend presque entièrement de l'or noir. Avec la concurrence accrue du schiste américain et l'accélération de la production d'énergie renouvelable, les anciens maîtres du marché pétrolier ont effectivement du souci à se faire...

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