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Shadow banking : ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain
La finance de l'ombre n'est pas entièrement bonne à jeter, au contraire. En effet, alors que les banques européennes ont allégé massivement leurs bilans pour répondre à la demande des régulateurs et des investisseurs, le processus n'est pas arrivé à son terme. C'est dans ce contexte que le "shadow banking", qui peut également être qualifié de manière positive par "financement alternatif", a connu une croissance exponentielle, tant en volume qu'en disponibilité. Bien que les travers du "shadow banking" soient décriés, le plus souvent à juste titre, il n'en demeure pas moins utile pour soutenir l'économie à l'heure où les banques sont encore en phase de mise en conformité.
"Nous reconnaissons les raisons et le bien-fondé d'une meilleure régulation du secteur du shadow banking, explique Standard & Poor's dans une étude publiée ce lundi. Cependant, à notre avis, le rôle significatif du shadow banking dans le financement de l'économie, surtout dans un contexte d'assainissement des bilans ininterrompu, est souvent sous-estimé dans les débats sur la régulation". Pour l'instant, les entités de la finance de l'ombre pèsent pour 30% des actifs financiers des intermédiaires de la zone euro contre plus de 40% aux Etats-Unis, "ce qui indique un relatif sous-développement du secteur".
Entre mai 2012 et octobre 2013, les banques de la zone euro se sont délestées de pas moins de 3 500 milliards de dollars, soit l'équivalent de 10% des bilans cumulés des banques du secteur. Dans certains pays, comme aux Royaume-Uni par exemple, le ratio a même atteint 20% avec 2 100 milliards. "Les banques de l'Europe de l'Ouest vont continuer à assainir leurs bilans alors même que le prêt de titres aux entreprises non financières de la zone euro s'est contracté d'environ 500 milliards d'euros sur les quatre dernières années", note S&P. Une partie des entreprises sont allées sur le marché pour se financer, ce qui a dopé les émissions high-yields depuis la crise financière. Cependant, les firmes de taille moyenne et les PME n'ont pas la même facilité d'accès à ces types de financement et restent encore très dépendantes des banques.
Bien que présents, les financements alternatifs ne seront pas suffisants pour pallier le manque de crédit, selon l'agence de notation. Pourtant les initiatives fleurissent. La banque britannique Barclays s'est ainsi alliée au fonds Bluebay Asset Management pour financer les PME et ETI via des "prêts unitranche". Mais "plusieurs facteurs pourraient nuire à la croissance du shadow banking en Europe de l'Ouest -principalement au Royaume-Uni et dans la zone euro- en dépit d'un besoin évident d'alternatives au financement bancaire", constatent les analystes. La croissance de la demande de crédits devrait rester anémique à court terme en dépit de la reprise économique. L'astreinte réglementaire devrait aussi peser dans la balance, avec des normes telles qu'AIFM (sur les fonds alternatifs) ou la réforme des fonds monétaires (MMF). Entraves auxquelles s'ajoute le manque de développement des infrastructures de marchés en la matière. "Nous pensons que plusieurs de ces contraintes, comme l'accroissement de la régulation sont là pour de bon", commente S&P, qui pense que les contraintes liées au développement du marché devraient en revanche s'assouplir.
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