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Les ambitions contrariées de Blackstone
C’était l'une des grandes promesses de campagne du candidat Trump : un plan de grandes dépenses pour moderniser les infrastructures américaines, d’un montant de 1.000 milliards de dollars. Un véritable rêve pour les investisseurs dans cette classe d’actifs, qui est devenu réalité lorsque ce dernier a accédé contre toute attente à la Maison Blanche. Et en particulier pour le plus grand d’entre eux, Blackstone, qui a annoncé en mai dernier, lors de la visite d’Etat en grande pompe de Donald Trump en Arabie saoudite, qu’il allait lancer un fonds d’infrastructures, avec pour ambition de lever 40 milliards de dollars. Le groupe de Steve Schwarzman a dès le départ obtenu le soutien du gouvernement saoudien via son fonds souverain, qui a promis d’abonder à hauteur de 20 milliards de dollars par étapes, dès lors que cette somme serait complétée par des investisseurs extérieurs. En faisant jouer l’effet de levier, la capacité d’investissement pouvait atteindre 100 milliards de dollars.
Mais dix mois plus tard, Blackstone n’a toujours pas officialisé de premier closing pour ce fonds et est bien loin de son timing initial, à savoir un premier deal d’ici mi-2018. Car pour le moment, seulement deux investisseurs ont accepté d’engager un total de 575 millions de dollars dans ce fonds, selon les données de Preqin. Plusieurs raisons expliquent ce retard au démarrage, selon le New York Times. Et notamment, les demandes des autorités saoudiennes : celles-ci ont rapidement réclamé la constitution d’un comité d’investissement dans lequel elles auraient un ou plusieurs représentants. Une requête qui a été refusée par Blackstone, soucieux de se départir de toute influence extérieure.
Officiellement, Blackstone maintient les meilleures relations avec l’Arabie saoudite, même s’il n’a pas souhaité commenter une levée de fonds en cours. En réalité, l’ambition du fonds de private equity a été critiquée par ses pairs mais aussi dans d’autres rangs, qui jugent qu’elle ne consiste pas vraiment à financer de nouveaux projets d’infrastructure mais plutôt à investir dans des sociétés et complexes existants. En octobre dernier, le président Tony James avait détaillé les cibles potentielles et n’avait mentionné les nouveaux projets qu’en dernier, expliquant que cela prendrait plus de temps (et probablement d’argent).
En outre, la concurrence fait rage dans un secteur qui a levé à tout-va ces derniers mois, grâce au plan d’infrastructure finalement annoncé par le Président américain en février : selon Preqin, les fonds d’infrastructure ont levé un montant record de 33,7 milliards de dollars l’an passé, et on un total de 70 milliards à investir, un montant en hausse de 40% depuis fin 2015. Pour l’administration Trump, le problème est qu’ils n’ont pas non plus la volonté d’investir dans de nouveaux projets d’infrastructure ou dans des structures publiques qui ont besoin de modernisation, mais plutôt dans des actifs d’énergie renouvelable ou des utilities sous détention privée, dont ils vont optimiser le financement. Des plans qui ne font pas les affaires du gouvernement, mais de l'autre côté, Blackstone n'a pas d'autre choix que de trouver les bons arguments pour convaincre enfin ses Limited Partners de l'intérêt des infrastructures US.
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