"Bad bank" : l'Italie dit non, à raison
Le Trésor italien a rejeté l'idée d'une telle mesure, selon Bloomberg. Outre la volonté du pays de se démarquer de l'Espagne, l'Histoire donne raison à l'Italie.
L'Italie ne devrait pas céder à la tentation de la "bad bank". Selon des responsables du Trésor italien cités par Bloomberg, l'idée de créer une structure de défaisance, pour y basculer les actifs non performants des banques du pays, a été rejetée par l'institution. Car s'il y a bien une chose que l'Italie ne veut pas, c'est renforcer le lien entre ses obligations et la dette bancaire. Par là-même, le pays se différencie de l'Espagne.
Même si les titres italiens à dix ans ont pris 100 points de base depuis le début de la crise, et que le spread avec l'Allemagne s'établit à plus de 350 pb, l'Etat emmené par Mario Monti veut creuser l'écart avec les autres pays malmenés par les marchés. Notamment en soulignant que la dette italienne est moins risquée qu'il y a un an. Si la structure avait été mise sur pied, elle aurait échangé les actifs toxiques des prêteurs contre des obligations d'Etat. L'un des responsables a rappelé que le gouvernement n'est pas à l'origine du projet, bien que des discussions aient été entamées avec des conseillers en restructuration. Il ajoute qu'une "bad bank" n'est pas nécessaire, puisque la détérioration du crédit est en ligne avec les prévisions.
Pourtant, les prêts non-performants représenteraient 10,7% des prêts des banques italiennes, selon des données publiées en octobre par le FMI. Un chiffre évidement discuté par l'industrie. L'association des banquiers italiens (ABI) a estimé ce même ratio à 5,9%à fin septembre. A noter que les établissements italiens sont tenus de faire des rapports précis sur leurs actifs toxiques, contrairement à leurs voisins, a expliqué le gouverneur de la Banque d'Italie, Ignazio Visco. Ce dernier a également précisé que les prêteurs devront lever plus de capital via des investisseurs privés.
Outre sa volonté affichée de se démarquer de l'Espagne, l'Histoire donne raison à l'Italie. Car si une structure de défaisance présente de nombreux avantages (isoler les activités à problèmes, apaiser les marchés, réduire les risques de contamination etc.) et elle permet aux gouvernements de ne pas avoir à prononcer les mots qui fâchent, tels que "renflouement des banques", le contribuable a dû mettre la main à la poche dans la plupart des cas recensés jusqu'ici.
Par exemple, le Consortium de réalisation (CDR) crée en 1993 pour solder la crise du Crédit lyonnais a coûté 16 milliards d'euros à l'Etat, d'après les calculs de la Cour des comptes (2008). Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé d'écouler les actifs dans le temps, la structure ayant vécu 13 années. Même l'Allemagne traîne des "bad banks" comme des boulets. En 2011, FMS Wertmanagement, la structure de défaisance des actifs toxiques de l'établissement Hypo Real Estate, a déclaré une perte de près de 10 milliards d'euros à la suite de la restructuration de la dette grecque. Or ces mêmes pertes sont intégralement à la charge de l'Etat allemand. Tout comme celle essuyées par EAA, la "bad bank" qui regroupe les actifs de la banque publique régionale, WestLB. L'ardoise laissée l'an passé a été d'environ 900 millions d'euros.
Quand le modèle de la "bad bank" a fonctionné, comme en Suède après l'éclatement de la bulle immobilière en 1991, la situation était bien différente. Les actifs toxiques n'étaient pas des titres (souvent complexes) mais des entreprises entières, le propriétaire laissait de la latitude aux gestionnaires etc. Décidément, l'Italie peut remercier Mario Monti.
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17/09/2021 - 10:31

