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Sur les marchés

Le trading à haute fréquence dans le viseur des régulateurs

Plusieurs acteurs du secteur ont été auditionnés par le Sénat américain, prélude à une réglementation plus stricte de l’activité. En France, l’AMF envisage également d’en renforcer le cadre.
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"Flash Boys", vous vous souvenez ? Avant que Thomas Piketty ne connaisse son heure de gloire, ce livre avait levé le voile sur les pratiques des traders à haute fréquence. Une parution qui est tombée à point nommé, puisque le procureur de l’Etat de New York avait ouvert une enquête sur le sujet peu de temps auparavant. La thèse de l'auteur: les échanges sur les marchés sont manipulés au profit des traders à haute fréquence.

Lors d’une interview sur CBS, l’ex-trader américain Michael Lewis avait ainsi déclaré que les traders à haute fréquence (HFT) étaient en mesure de «déceler votre envie d’acheter des actions, les acquérir avant vous pour vous les revendre finalement à un prix plus élevé ». Une manipulation rendue possible grâce à la localisation de ces firmes de trading au plus près des plateformes d’échanges. Cet avantage logistique mais aussi technologique leur permet de disposer de quelques millisecondes d’avance pour effectuer un achat ou une vente.

C’est donc dans ce contexte tendu que le Sénat américain a procédé hier aux premières auditions d’acteurs du trading à haute fréquence. Des entrevues qui n’ont certes apporté aucun élément nouveau, cependant on retiendra la défiance des sénateurs à l’égard de leurs interlocuteurs. Pour ces derniers, si les moyens utilisés par ces firmes pour obtenir une information en premier n’ont rien d’illégal d’un point de vue technique, l’avantage dont elles disposent pourrait être assimilé à de la manipulation de cours car elles tirent profit d’une information privilégiée, puisque non disponible à l’ensemble des acteurs du marché.

La question du « maker-taker » a également été discutée. Cette pratique consiste en l’octroi par une firme HFT des ordres d’achat ou de vente aux opérateurs boursiers en échange d’une fee. Le sénateur Carl Levin a ainsi souligné un conflit d’intérêts, jugeant répréhensible que TD Ameritrade, une firme de HFT, ait octroyé à plusieurs reprises les ordres d’achat et de vente aux échanges qui offraient alors la plus grosse commission, alors que la sélection est censée se faire dans le meilleur intérêt des investisseurs. Une pratique qui a permis à TD Ameritrade de collecter plus de 80 millions de dollars de fees. Face aux accusations du sénateur, Steven Quirk, l’un des dirigeants de la firme, n’a pu qu’acquiescer.

La justice américaine n’est pas la seule à plancher sur le sujet. En France, l’AMF s’est saisie du dossier. L’encadrement de cette activité pourrait même être plus aisé en France, puisque les firmes ont l’obligation de transmettre leurs algorithmes au régulateur. Qui plus est, l’AMF envisagerait d’introduire de nouvelles règles de trading afin de réduire la volatilité du marché actions, à laquelle sont corrélés les revenus des firmes de trading haute fréquence. Parmi les mesures envisagées, le pas de cotation pourrait être élargi à plusieurs centimes (contre un seul aujourd’hui), une mesure également à l’étude outre-Atlantique où la SEC pourrait en faire son arme anti dark-pool.

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