Presse allemande : "L'euro va survivre... les quatre prochains mois"
Les médias d'outre-Rhin dénoncent massivement la décision de la BCE d'acheter de la dette souveraine des pays en difficulté de la zone euro, qui assimile politique monétaire et budgétaire.
Pour le Spiegel, ce vendredi, "Draghi s'empare du dernier moyen" : "le chef de la BCE s'aventure dans un changement risqué de la politique monétaire de la banque centrale : avec un achat illimité de dette souveraine, il veut éviter une escalade de la crise de l'euro. Ce pas marque un changement de cours fondamental dans la lutte pour la monnaie commune". Pour l'éditorialiste de la Frankfurter Allgemeine Zeitung également, la rupture est grande : "La BCE est prête à acheter de la dette souveraine des pays en crise sans limite. Elle s'emmêle dans ses propres justifications car elle s'est transformée en prisonnier de la politique. Dans la zone euro, il n'y a maintenant plus de frontière entre la politique monétaire et la politique budgétaire".
La FAZ rapporte par ailleurs que, sans surprise, "la Bundesbank a ouvertement critiqué la décision". "Après que le conseil des gouverneurs de la BCE a rendu possible l'achat illimité d'emprunts d'Etat, le président de la Bundesbank Jens Weidmann a réitéré son opposition. Selon lui, la politique monétaire risque de tomber dans le sillage de la politique budgétaire". La Süddeutsche Zeitung n'est pas plus tendre : "La BCE ne laisse aucun doute sur le fait qu'elle veut sauver l'euro - et pour cela fait des déclarations qui ne lui reviennent pas. Ainsi la BCE se hisse en souveraine officieuse de l'Europe. Est-il normal que ce que le plus haut tribunal allemand juge, ce que le Bundestag décide, importe peu? Une idée intolérable : quand les jugements de la BCE ne passent pas, elle imprime simplement de l'argent".
Concernant cette décision de la BCE, le Financial Times Deutschland explique que "les parlements doivent voter et ainsi portent indirectement la responsabilité". En effet, comme les pouvoirs législatifs nationaux vont se prononcer sur le FESF ou le MES, ils vont accepter indirectement l'achat d'obligations d'Etat. "Cela donne à Berlin de facto un veto sur l'achat de dette souveraine par la BCE", explique ainsi Holger Schmieding, économiste en chef à la Berenberg Bank, dans les colonnes du FTD. Pendant ce temps-là, rappelle le Handelsblatt, Angela Merkel était en Espagne, pour rencontrer son homologue Mariano Rajoy. Selon le quotidien, "ils ont utilisé la visite d'Etat de la chancelière pour des expressions de sympathie et un travail sur l'image. Sur l'évaluation de la situation de crise actuelle, Merkel et Rajoy sont restés superficiels".
Autre décision attendue prochainement en Allemagne : le verdict de la cour constitutionnelle de Karlsruhe sur la constitutionnalité du MES. Le Spiegel rapporte qu'"une majorité des allemands espère une victoire des opposants à l'euro". "Pour le gouvernement, c'est un scénario catastrophe, mais la majorité des citoyens l'espère : selon un sondage, 54% des allemands espèrent que la cour constitutionnelle stoppe le fonds de sauvetage MES." Ils ne sont que 25% à souhaiter le contraire, selon l'Institut YouGov.
"L'euro va survivre... les 4 prochains mois", prédit le Handelsblatt. "L'Espagne a besoin d'aides, la Grèce fait faillite, mais l'euro va survivre - au moins jusqu'à la fin de l'année, explique le quotidien. C'est le résultat d'une grande enquête auprès d'investisseurs du monde entier". On apprend ainsi que sur les 847 clients de Bloomberg interrogés, "92% d'entre eux s'attendent à une incapacité de paiement de la Grèce et 56%, que le pays soit exclu de la zone euro d'ici la fin de l'année prochaine".
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17/09/2021 - 10:31

