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Professions financières / Corporate finance

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Le private equity américain, nouvelle machine lobbyiste

L'élection américaine, où les démocrates ont durement critiqué le private equity, a incité ce métier à se constituer en un lobby activiste. Mais il devra probablement renoncer au statut fiscal des carried interest.
"Le private equity n'est plus privé", avait résumé Ken Mehlman, président des affaires publiques de KKR lors d'une interview récente. Car si cette industrie avait jusqu'à présent été discrète et peu introduite dans les arcanes du pouvoir, l'élection présidentielle américaine de 2012 l'a incitée à prendre les choses en main et à se constituer une ligne de défense. Car dès la fin des primaires et l'identité du candidat républicain officialisée, les équipes d'Obama n'ont eu de cesse d'attaquer Mitt Romney sur son passé de patron de fonds de private equity, et sur sa fortune amassée en endettant des sociétés et en supprimant des emplois. Alors que le même Obama avait en 2003, en tant que gouverneur de l'Illinois, mis en place un groupe de travail sur le private equity, indiquant qu'il s'agissait " de la meilleure opportunité pour une vitalité économique à long terme, l'amélioration de l'emploi, de la productivité et un standard de vie de qualité ". Sic. Cet angle d'attaque est bien connu du private equity, mais là l'enjeu était national: empêcher que ne soit sali un métier peu connu du grand public. Dans une campagne centrée sur la calomnie de l'adversaire, Barack Obama ne s'est donc pas gêné pour attaquer l'ancien patron fondateur de Bain Capital sur ces thématiques. Et pour la première fois, les responsables des plus grands fonds de la planète sont sortis de leur réserve pour expliquer publiquement les bienfaits de leur action. Steve Pagliuca, managing director de Bain Capital et démocrate, est ainsi apparu sur CNN pour expliquer que le private equity créait de la valeur, que sa société avait investi dans 350 sociétés, qui ont créé 100 milliards de dollars de revenus et ont progressé deux fois plus vite que le S&P 500 etc. Un effort de pédagogie et de transparence inédit. Les acteurs du private equity ont bien sûr doublé ce lobbying d'un financement généreux puisque les deux tiers du cash qu'ils ont dépensé dans la campagne sont allés vers le camp républicain (2,27 millions de dollars à fin juillet), alors même qu'ils avaient préféré Barack Obama à John Mc Cain en 2008 (2 millions de dollars, contre 1,36 million). Un pari perdant, mais l'industrie a gagné dans ces élections une visibilité et une force d'action lobbyiste. Le Private Equity Growth Capital Council (équivalent de l'Afic), encore dormant il y a un an, est plus actif que jamais et un groupe des plus grands fonds américains vient de se constituer afin de faire du lobbying auprès de 70 membres clé du Congrès. Reste que le "fiscal cliff" est le sujet qui fait couler plus d'encre outre-Atlantique et que les membres du private equity auront bien du mal à justifier le traitement fiscal favorable des carried interest, leurs commissions sur les plus-values. Aux Etats-Unis (comme en France jusqu'au PLF 2013), elles sont encore taxées comme des gains de capitaux à 15%, alors que les revenus sont imposés à 35%. Mitt Romney a par ailleurs déclenché un tollé lorsqu'il a fini par publier sa fiche d'imposition, qui ne faisait apparaître qu'un taux de 14,1%. Les acteurs du métier se justifient en disant qu'il y a une réelle prise de risque, et que la société dans laquelle le fonds est investi est déjà imposée. Ils agitent également la menace selon laquelle les fonds répercuteront ces hausses de taux sur les LPs, donc les fonds de pension, donc le contribuable lui-même. Or c'est oublier que le rapport de force offre-demande s'est inversé en faveur des investisseurs dans le private equity, et que les GPs sont désormais obligés de faire beaucoup plus de concessions sur les fees pour continuer à lever des fonds. En outre, pour contourner ce taux majoré, le gérant peut investir lui-même en direct. Au final, les arguments du private equity ne pèseront donc pas lourd au regard de l'enjeu du nouveau gouvernement: trouver un accord budgétaire au plus vite, alors que les carried interest coûtent la bagatelle de 18 milliards de dollars par an. Le patron d'Apollo, Leon Black, n'est ainsi pas dupe et a déclaré hier s'attendre à un relèvement de cette fiscalité. "Parfois, nécessité fait loi. Et dans ce cas, je pense qu'il le faut". Preuve que les gérants de private equity ne sont peut-être pas les monstres de cupidité si souvent décrits.
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