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AccorHotels, victime de la Révolution de Palais saoudienne

Le Prince Al-Walid Ben Talal, le Warren Buffett saoudien qui a investi dans de grands groupes à travers le monde, a été arrêté sur ordre du Prince, son cousin. Cela a chahuté ses participations et notamment AccorHotels, dont il est actionnaire à 5,7% depuis le rachat de Fairmont Raffles.
Prince Al-Walid Ben Talal
Prince Al-Walid Ben Talal

Une semaine à peine après la luxueuse conférence organisée à Riyad et qui a rassemblé les VIP de la planète comme Richard Branson, Christine Lagarde ou encore Nicolas Sarkozy, le Prince héritier Mohammed Bin-Salman a frappé un grand coup avec son opération anti-corruption. Elle a consisté en l’arrestation de dizaines de membres influents du Royaume, dont onze de ses cousins et notamment le Prince al-Walid Ben Talal, petit-fils du fondateur de l’Arabie saoudite et 45ème fortune mondiale, qui est aussi un investisseur actif à travers le monde.

Connu pour son style extravagant, l’homme est actionnaire de grands groupes américains : Citi, qu’il a soutenu lors de ses déboires pendant la crise financière, ou encore des investissements plus récents dans la tech, avec Twitter et Lyft. Surtout, il est très actif dans l’immobilier : il détient les hôtels Four Seasons aux côtés de Bill Gates, a investi dans le centre d’affaires Canary Wharf à Londres et est monté à 5,7% du capital d’AccorHotels, lorsque le Français a mis la main sur sa chaîne d’hôtels de luxe FRHI (Fairmont Raffles Swissotel) pour 2,9 milliards de dollars. Son holding Kingdom, qui a pris un siège au board du groupe dirigé par Sébastien Bazin, s’est présenté comme un investisseur de long terme. Il y a quelques jours, le Prince Al-Walid a même démenti tout projet de rapprochement entre AccorHotels et Four Seasons, expliquant que le PER très haut de la chaîne américaine, autour de 40, risquerait de baisser significativement dans un tel scénario.

Le titre Accor a baissé de près de 2% dans les premiers échanges lundi après l’annonce de l’arrestation du Prince Al-Walid, mais s’est ensuite ressaisi. En réalité, le mystère plane toujours sur les réelles intentions du Prince héritier : d’un côté, il pourrait avoir voulu un coup de filet anti-corruption et sanctionner un homme qui aurait obtenu le sauvetage de sa firme surendettée en 2008 grâce à ses liens privilégiés avec le gouvernement de l’époque et en particulier le ministre des Finances, qui a aussi été arrêté. De l’autre, certains analystes jugent qu’il aurait voulu réduire au silence plusieurs hautes figures du Royaume critiques à son égard, et notamment ses propres cousins tentés par le pouvoir.

En tout état de cause, cette opération surprise risque de désarçonner les partenaires potentiels de l’Arabie saoudite, qui souhaitent certes une plus grande transparence mais craignent une concentration des pouvoirs dans les mains du Prince Mohammed bin-Salman. L’enjeu est essentiel, à l’heure où le pays tente de diversifier son économie encore largement dépendante du pétrole, et a lancé un dual-track pour l’introduction en Bourse de Saudi Aramco, qui serait la plus grosse IPO de l’histoire à 2.000 milliards de dollars au moins. Donald Trump est d’ores et déjà sorti de sa réserve pour appeler l’Arabie saoudite à coter sa pépite à New York dans un tweet, affirmant que cela était « important pour les Etats-Unis ! » Mais les récents événements pourraient aussi faire pencher le Prince en faveur d’un placement privé ou d’une cotation exclusive à Riyad, qui gagnerait une exposition unique grâce à cette opération.


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