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Elections allemandes : quel impact pour les marchés ?
A six jours des élections allemandes, le suspense est de taille, non pour connaître le futur dirigeant du pays, Angela Merkel ayant plus de dix points d'avance dans les sondages, mais pour savoir avec quels partis elle dirigera. Le sort de l'Allemagne, mais surtout de l'Europe, en dépendra et les marchés sont donc sur le qui-vive, même si aucune coalition ne devrait entraîner de réel bouleversement sur les Bourses européennes.
Selon la dernière enquête d'opinion en date, dévoilée hier par l'institut Infratest dimap, le parti chrétien démocrate d'Angela Markel est toujours en tête, avec 37% d'intentions de vote, suivi d'assez loin par le SPD de Martin Schulz, qui obtiendrait 20% des voix seulement, un score historiquement faible. Le parti anti-européen AfD serait en troisième position, avec 12% d'intentions de vote, ce qui lui permettrait d'entrer pour la première fois au Bundestag. Le suivent de très près le parti libéral FDP (9,5%) et les Verts (7,5%). "Angela Merkel conserve une telle avance dans les sondages à quelques jours du vote que nul ne pense qu'elle puisse perdre et quitter la Chancellerie", estime ainsi Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo. Mais il reste 40% d'indécis selon l'institut de sondage, ce qui rend toute prédiction de coalition très difficile à réaliser. Quels sont les différents scénarios et comment pourraient-ils influencer l'avenir de l'Europe et les marchés ?
Une poursuite de la coalition CDU/SPD est possible, mais il semble que les électeurs de gauche ne souhaitent pas renouveler une telle alliance : 50% des électeurs du SPD ont déclaré qu'ils ne voulaient pas gouverner avec la CDU. Il faut dire que tous les partis qui se sont alliés à la chancelière depuis qu'elle a été élue en 2005 (CDU/SPD en 2005 puis CDU/FPD en 2009, puis CDU/SPD en 2013) ont perdu aux élections suivantes et les socialistes pourraient donc choisir d'entrer dans l'opposition plutôt que de gouverner.
Or c'est la seule alliance bipartite qui permettrait a priori à la chancelière d'obtenir la majorité absolue. Si les deux partis finissent cependant par s'entendre, ce cas de figure serait le plus favorable aux marchés : la chancelière souhaite renforcer l'intégration européenne (mais a exclu tout mécanisme de mutualisation de la dette), et soutient notamment la création d'un ministre des Finances de la zone euro, la transformation de l'ESM en un Fonds Monétaire Européen aux compétences élargies qui permettrait de lutter contre le chômage des jeunes, et le début d'une harmonisation fiscale entre la France et l'Allemagne. Si la CDU et le SPD, également pro européens s'alliaient, la devise européenne devrait sortir renforcée et les obligations de la zone euro connaître un mouvement d'appréciation généralisé, estime ainsi Martin van Vliet, stratégiste chez ING.
Une coalition avec le parti libéral FDP, serait en revanche beaucoup moins favorable au renforcement de l'UE et entraînerait un retour à l'Europe des années 1990, estime pour sa part Carsten Brezski analyste chez ING, avant que tous les mécanismes d'aide ne soient mis en place. Or, l'Europe des années 1990 a montré qu'elle était incapable de survivre en cas de crise, s'inquiète l'analyste. Le parti libéral souhaite durcir le principe de "no bail out", et est donc opposé à tout mécanisme de soutien aux Etats de la zone euro en crise. Il prône également un renforcement des sanctions, qui deviendraient automatiques, pour les Etats qui ne respecteraient pas les critères de Maastricht et un mécanisme de sortie de la zone euro. Un programme qui devrait plaire aux économistes euro-sceptiques allemands, mais qui risque en revanche de faire régresser l'intégration européenne. Une alliance d'Angela Merkel avec un tel parti entraînerait une hausse du spread Allemagne/Pays périphériques, estime Martin van Vliet. De même qu'une alliance avec le parti europhobe AfD.
"Les Verts ont probablement le projet le plus pro-européen", estime Carsten Brzeski. Ces derniers soutiennent la mise en place d'un gouvernement et d'un budget européen, la relance de l'investissement européen, une assurance chômage pour les jeunes au niveau de la zone euro et une harmonisation fiscale globale. Le problème est que la CDU ne pourra gouverner qu'avec les Verts seulement; une alliance tripartite FPD/CDU/Grüne est envisagée mais risque d'être explosive, vu les différences de points de vue au sujet de l'Europe.
Si la victoire d'Angela Merkel est donc quasiment certaine, la formation d'une coalition stable risque d'être plus délicate et pourrait entraîner quelques jours de remous sur les Bourses européennes. Mais les marchés savent aussi qu'ils peuvent compter sur la longue expérience politique de la chancelière, qui devrait lui permettre de trouver la meilleure combinaison possible. La chancelière a annoncé hier soir lors d'une longue interview télévisée, sa dernière avant le vote, qu'elle terminerait bien son mandat de quatre ans, si elle était élue dimanche prochain. "Une telle longévité en politique à ce niveau est rare, surtout en des temps aussi agités", résume ainsi Bruno Cavalier d'Oddo. Et pour cause, depuis son entrée en fonctions en 2005, Madame Merkel aura connu 3 présidents américains, 4 présidents français, 4 premiers ministres britanniques, 5 grecs et 6 italiens !
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