La voix du peuple, nouveau risque politique pour les investisseurs
Que ce soit avec le Brexit ou avec l’élection de Donald Trump, le populisme est au cœur des nouvelles stratégies politiques en Europe comme aux Etats-Unis. A tel point que pour certains professionnels, le vox populi est devenu un risque politique en lui-même. C’est le cas chez Citi, qui lors de leur journée consacrée aux médias européens, présentait leur point de vue sur ce nouveau risque politique. La banque américaine définit le « risque vox populi » comme une volatilité et une mouvance de l’opinion politique, qui entraîne un risque supplémentaire sur l’environnement des affaires et des investissements. Ainsi, quatre catégories sont mises en avant : le risque électoral ; le risque de protestation de masse, dit « démocratie flash mob » ; le risque de référendum ; le risque géopolitique. Pour Citi, ces risques existent depuis longtemps dans les pays émergents, comme l’ont montré les contestations de masses dans les pays arabes, appelés à l’époque les printemps arabes, mais « la grande nouveauté est que ce risque vox populi s’est déplacé vers les pays développés » souligne ainsi Tina Fordham, responsable de la stratégie politique globale chez Citi. « Ce qui s’est passé en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, sont des risques globaux liés à une décision des peuples, mais partout dans le monde, on voit émerger de nouveaux partis, comme en Espagne ou en Italie, qui s’appuient sur la voix du peuple » continue-t-elle.
De ce fait, ce nouveau risque est donc pris en compte dans les stratégies d’investissement des institutionnels car l’impact sur les économies pourrait s’avérer important. Ce qui est certain, et analysé comme tel par les équipes de Citi est que « les gouvernements faibles et divisés ont un impact pour les entreprises et les investisseurs, à cause d’une possible politique erratique et des environnements opérationnels très incertains », continue Tina Fordham. Et pour Willem Buiter, économiste en chef de Citi, « le Brexit comme l’élection américaine ont été des risques politiques bien anticipés au final par les marchés financiers, seuls quelques bruits se sont fait sentir après ces nouvelles ». Ces deux événements entrent totalement dans le scope des risques vox populi et auront des répercussions sur les pays eux mêmes mais aussi sur leurs voisins. Ainsi, « le Brexit aura des conséquences sur l’activité économique du pays mais aussi des voisins européens, quant à Donald Trump sa politique protectionniste aura des impacts sur les pays émergents notamment qui sont très liés aux Etats-Unis », souligne encore Willem Buiter.
Désormais ces risques politiques spécifiques sont donc devenus incontournables et c’est pourquoi l’équipe dédiée aux risques politiques de Citi conduit depuis 2013 une évaluation du risque vox populi. Le constat qui en ressort est que de plus en plus souvent, ce risque émerge des classes moyennes déçues des systèmes existants. Ainsi pour Tina Fordham « ce risque vox populi est en fait un rejet de la globalisation ». Ce qui ressort par ailleurs de ce baromètre étudié par Citi, c’est l’augmentation continue des partis anti-immigration. Ainsi, pour 11 des 17 dernières élections en Europe, les partis anti-immigration voyaient leur pourcentage de vote augmenter. Aussi, pour Tina Fordham « la France et l’Italie sont les deux prochains pays à risque de vox populi ». Willem Buiter confirme aussi ce point de vue, rajoutant à la liste les Pays-Bas. Des élections qui auront dans tous les cas un impact sur les économies de ces pays.
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