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Accor : une année 2016 « délire », le chinois Jin Jiang reste en embuscade
C’était opération séduction entre Sébastien Bazin, le charismatique P-dg d’Accor, et le représentant de Jin Jiang, son premier actionnaire. Dès le départ, le premier a remercié le groupe chinois d’être présent à l’assemblée générale du groupe. « Jin Jiang est une très belle société qui, comme nous, possède des positions dans tous les types d'hôtellerie et nous partageons les mêmes visions du métier dans un contexte de consolidation du secteur », a-t-il déclaré en préambule. Le représentant du président du premier groupe chinois présent dans l’hôtellerie a de son côté loué le travail des deux fondateurs du groupe, Paul Dubrule et Gérard Pélisson, et indiqué qu’il souhaitait apporter son savoir-faire pour soutenir l’innovation du groupe et ses gains de parts de marché pour gagner la compétition mondiale. Ambiance "Bisounours" donc alors qu’en février dernier, Sébastien Bazin reconnaissait que la montée au capital d’un groupe propriétaire de Louvre Hôtels (Campanile, Première Classe, Kyriad), «mon principal concurrent en Europe », faisait de lui un actionnaire à part. Tout en se déclarant «ni craintif ni anxieux».
L’ex-patron de Colony Capital a rebondi avec humour sur un lapsus de son secrétaire général pour qualifier l’année 2016 de « délire » pour Accor, montrant ainsi son optimisme pour le groupe. Il a ensuite détaillé le plan de marche qu’il défend depuis son arrivée à la tête d’Accor à l’été 2013, notamment la révolution digitale qu’il espère « devancer » et non pas « subir », notamment avec ses emplettes récentes de sites communautaires comme Onefinestay au début du mois. Et mise également sur la plateforme de réservation qu’il a lancée en juin dernier et ouverte aux hôteliers indépendants, afin de contrer l’âpre concurrence de Booking.com. Sans compter la grande réalisation de 2015 : l’acquisition de FRHI (Fairmont, Raffles, Swissotel) pour 2,9 milliards de dollars, qui le projette dans la cour des grands dans l’hôtellerie de luxe, elle-même en pleine consolidation. Un temps menacé par des contre-offres du chinois Anbang, Marriott a finalement réussi à racheter Starwood Hotels pour 12,4 milliards de dollars. Les actionnaires des deux groupes ont approuvé au début du mois l’opération, qui va créer le numéro un mondial avec 1,1 million de chambres sous 30 marques différentes.
Pendant ce temps, Accor poursuit son chemin et a également pu compter sur le dynamisme de son pôle immobilier, très actif en 2015. Lors de ses résultats du premier trimestre mercredi, le groupe a publié une croissance organique meilleur qu’attendu, à 1,9% contre 0,3% prévu par le consensus. L’activité a cette fois été tirée par HotelServices (+5,6%), en particulier le rebond de l’Europe du Sud. Le groupe subit certes encore le ralentissement de la France, encore impactée par les attentats, et du Brésil, mais amorce une reprise et a surtout trouvé d’autres zones de croissance.
Kepler Cheuvreux a réitéré sa confiance en une croissance organique de 3% en 2016 et anticipe d’autres bonnes surprises de la part d’Accor. Surtout, Jin Jiang a révélé être monté à près de 15% du capital et 13% des droits de vote et, selon les rumeurs, pourrait chercher à atteindre les 20%. Sa dernière déclaration d’intention date de février, dans laquelle il indiquait envisager de grimper au capital sans avoir l’intention de déposer une offre, ce qui l’empêche de le faire pendant six mois, jusqu’au 24 août prochain. Le titre bénéficie aussi de cet aspect spéculatif et a gagné 36% depuis son point bas du 11 février dernier, à 40,80 euros aujourd’hui. Kepler Cheuvreux juge que l’action pourrait monter à 46 euros, portée par les prospectives des investisseurs sur les intentions du chinois, même si celui-ci fait pour l’instant profil bas. Sans compter que le capital va également évoluer à la faveur du closing du deal FRHI, qui va amener le fonds qatari (Qatar Investment Authority) et le holding du roi saoudien (Kingdom Holding Company of Saudi Arabia) à prendre respectivement 10,8% et 5,6% du capital d’Accor.
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