Macro-économie / Taux / Macro-économie
Macro-économie / Taux
Macro-économie
Jusqu'où le pétrole peut-il dégringoler ?
Le pétrole n’en finit plus de baisser. Depuis le début de l’été, l’or noir a ainsi perdu plus de 43% pour le WTI et 36% pour le Brent, qui s’échangeaient respectivement aujourd’hui à 41 dollars et 46 dollars le baril, soit un plus bas depuis début 2009. Et la chute est encore plus frappante sur un an, de 132% et 122%. Cette dégringolade résulte d’un double phénomène, avec à la fois une surabondance de l’offre et un risque de déclin de la demande mondiale.
Côté offre donc, l’OPEP ne fonctionne plus comme régulateur des prix en ajustant sa production en fonction de l’évolution du coût du baril. Depuis l’automne dernier, l’organisation, où l’Arabie Saoudite détient une place prépondérante, a décidé de ne pas abaisser le plafond maximum de sa production, malgré la faiblesse du baril et a depuis conservé ce parti pris. But recherché ? Faire pression à la baisse sur le coût du pétrole afin de pénaliser les producteurs de schiste américain, dont l’exploitation n’est plus rentable en dessous d’un certain prix du baril. Sauf que pour le moment, la production américaine a été plutôt résiliente. « Beaucoup d’analystes estimaient que la baisse de la production aux Etats-Unis serait la nouvelle variable d’ajustement du marché du pétrole et qu’avec un WTI à 45 dollars, les spécialistes de l'exploitation de schiste devraient arrêter de produire », explique Harry Tchilinguirian, chef de la recherche matières premières chez BNP Paribas. Une hypothèse qui ne s’est pour l’instant pas encore matérialisée.
La chute du pétrole s’est accentuée cet été avec une augmentation de la production en Arabie Saoudite, résultant d’une hausse saisonnière de la demande des centrales électriques du pays, qui consomment plus lors des pics de température (utilisation intensive de la climatisation). Le pays a également mis en activité deux nouvelles raffineries qui ont permis d’augmenter la production de 400 000 barils chacune par jour. Mais cette hausse de la production en Arabie Saoudite ne signifie pas forcément que le pays exportera davantage, puisqu’une grande partie est destinée aux besoins intérieurs du pays. Il reste que cette hausse saisonnière a contribué à faire baisser les prix cet été.
Côté demande, la crainte d’un ralentissement chinois a naturellement amplifié le phénomène de baisse du coût du baril. La publication d’un indicateur PMI chinois très décevant ce matin, après la triple dévaluation de la devise par les autorités et la très forte volatilité du marché boursier n’a fait que renforcer les inquiétudes quant aux perspectives de croissance du pays. Or un hard landing chinois pèserait sur le prix du pétrole puisque la Chine est non seulement le troisième consommateur mondial de pétrole mais également le pays où la croissance de la consommation était la plus importante. « Alors que la demande américaine est stable par exemple, celle de la Chine est en constante hausse depuis près de 12 ans», explique encore Harry Tchilinguirian.
Il reste que le prix du baril devrait repartir à la hausse d’ici à la fin du troisième trimestre, estiment les analystes de BNP Paribas. D’une part parce que l’effet négatif des prix sur la production américaine va finir par se matérialiser ; les Etats-Unis comptent 4000 producteurs de pétrole différents et si les « majors » se sont protégés de la baisse du baril en « hedgeant » leur production, les petits indépendants pourraient davantage souffrir de la baisse du baril. Les résultats des pétrolières américaines au second trimestre soulignent d’ailleurs que la stratégie de l’Arabie Saoudite a tout de même fonctionné : les entreprises du secteur ont toutes dévoilé d’importantes baisses de leurs dépenses en investissements entre avril et juin. « Certes les entreprises pétrolières sont parvenues à compenser la baisse des prix grâce à des gains de productivité mais cela ne pourra pas durer éternellement », explique encore l’analyste de BNP Paribas.
Le baril pourrait d’autant plus repartir à la hausse que la demande d’or noir des pays occidentaux devrait progresser, encouragée par la faiblesse des prix. L’agence internationale de l’énergie a d’ailleurs révisé ses chiffres de la production mondiale à la hausse : l’AIE estime ainsi qu’elle devrait progresser de 1,6 million de barils par jour (soit une révision à la hausse de 200 000 barils) cette année. La reprise de la production iranienne ne sera en revanche pas immédiate et n'aura pas un impact sur les prix cette année, puisque que le Congrès américain doit dans un premier temps valider l’accord de juillet dernier, et qu'il est quasi certain qu’il sera rejeté. Si le président américain pourra cependant mettre son véto, cela risque de retarder le redémarrage de la production.
Le baril pourrait repasser la barre des 60 dollars d’ici à la fin de l’année pour le WTI et autour de 67 dollars pour le Brent, estiment les analystes de BNP Paribas. Qui figurent cependant parmi les plus optimistes puisque ceux de Citi ou Goldman Sachs par exemple, ont un discours beaucoup plus négatif, estimant que la faiblesse du baril devrait se poursuivre longtemps. Il faudra donc surveiller de très près l’évolution de la conjoncture chinoise d’une part et celle de la production américaine d’autre part, pour appréhender celle du pétrole dans les mois qui viennent.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

