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Brexit : les sept défis qui attendent Londres et Bruxelles en 2018
Les 27 Etats de l'UE devraient se prononcer demain vers 11H lors du Conseil sur l'avancée des négociations sur le Brexit. Et décider si la Grande-Bretagne a réalisé "des progrès suffisants", lui permettant d'entamer la seconde phase des négociations. A priori, les Etats donneront leur feu vert, même si certains redoutent encore que l'Irlande ne mette son veto, tant l'avenir du pays post Brexit est incertain et peu pris en considération par le gouvernement de Theresa May. Si toutefois, la première phase est enfin validée demain matin, les négociations devraient enfin entrer l'an prochain dans le vif du sujet qui préoccupe le plus les acteurs économiques britanniques : l'avenir des relations commerciales entre leur pays et l'UE. Cela devrait avoir lieu à partir de mars 2018, une fois adoptées des lignes directrices spécifiques à ce sujet. Et les difficultés risquent de nouveau de pointer leur nez !
Au sujet de la période de transition d'abord, sur laquelle les 27 se sont pourtant accordés dans le texte du compromis présenté demain lors du Conseil; le texte précise en effet que les Européens acceptent le principe d'une transition de deux ans après la date officielle de sortie de mars 2019, et affirme que le Royaume-Uni s'engagera pendant ces deux années, à continuer d'appliquer le droit européen. "Plusieurs sujets légaux doivent encore être résolus à ce sujet, qui le seront sans doute en début d'année prochaine, une fois que le principe d'une transition sera inscrit noir sur blanc", estime ainsi James Knightley, chef économiste chez ING, à Londres.
Seconde interrogation à laquelle personne ne peut pour l'instant répondre, cette période de deux ans sera-t-elle suffisamment longue pour permettre aux entreprises de se préparer ? Si de nombreux "Brexiter" redoutent que cette période "tampon" se prolonge jusque 2022, prochaine date des élections au Royaume-Uni, qui pourraient remettre en cause le Brexit, et militent pour une date de fin clairement inscrite dans les textes, d'autres estiment au contraire que les entreprises du pays ne seront jamais prêtes en mars 2021. "La complexité de la chaîne de production moderne signifie que beaucoup de produits britanniques, font plusieurs allez retours entre le Royaume-Uni et l'UE avant d'être vendus au marché européen", explique encore l'économiste d'ING, qui cite la production des Mini BMW ou de la bière Guinness. "La réorganisation de la production une fois les frontières rétablies prendra beaucoup de temps et d'argent", poursuit-il.
Troisième grand point d'interrogation concernant le Brexit, et sans doute le plus important, y aura-t-il un accord? Les chiffres plaident pour une réponse positive, tant le volume d'échanges entre les deux parties, le nombre d'emplois impliqués et de revenus fiscaux en jeu sont importants. La Grande-Bretagne a d'ailleurs mis de l'eau dans son vin par rapport aux début des négociations, en acceptant de régler la facture et en reconnaissant le rôle de la Cour de Justice européenne. L'UE a de son côté validé le principe d'une période de transition. Preuve que les deux côtés sont conscient des enjeux. "Il reste que les discussions commerciales seront très compliquées vu la complexité du sujet", estime James Knightley.
Le sujet de l'agenda sera également compliqué pour la Grande-Bretagne : dans l'idéal, le pays et l'UE devront avoir trouvé une ébauche d'accord concernant la phase deux des négociations et l'avenir commercial du pays d'ici le printemps 2018, afin de donner de la visibilité aux entreprises et leur permettre de préparer leur stratégie post-Brexit. Dans l'idéal également, l'accord définitif devra quant à lui être validé au moins trois ou quatre mois avant la date de sortie de mars 2019, afin de permettre à Westminster et aux autres parlements nationaux de se prononcer. Ce qui laisse finalement très peu de temps aux parties pour discuter.
Quelle sera la teneur de ce fameux accord commercial ? Theresa May a décrit ce qu'elle entendait négocier en ces termes : "un compromis imaginatif, créatif et sur mesure", soit des qualificatifs suffisamment vagues pour se laisser le plus de marge de manoeuvre possible. Son secrétaire d'Etat au Brexit David Davis a été plus explicite en déclarant il y a quatre jours que le Royaume-Uni chercherait à obtenir un accord de libre échange sur le modèle "Canada-UE-plus plus", c'est à dire un texte qui permette au pays de contrôler l'immigration et de conclure des deals séparés avec chacun des pays, mais avec en bonus l'intégration des services financiers dans la zone de libre échange (à la différence du Canada). Mais il y a peu de chances pour que l'UE accepte de telles conditions, qui la contraindraient à offrir les mêmes avantages aux pays avec lesquels elle a déjà passé des accords commerciaux.
Deux sujets de politique intérieure enfin, seront au centre de l'attention l'an prochain lors des discussions. Est-ce que la première ministre Theresa May pourra rester en poste tout d'abord, elle qui vient de subir hier un nouveau revers à Westminster, alors qu'une partie de la majorité a décidé de faire scission en votant à une courte majorité un texte l'obligeant à faire adopter par les députés tout accord qu'elle serait susceptible de trouver avec Bruxelles. "Une course au leadership l'an prochain ne peut être exclue et pourrait retarder le processus de négociations", estime ainsi l'économiste d'ING. Enfin, la suite de la politique monétaire menée par Mark Carney est incertaine et pourrait impacter l'économie britannique l'an prochain: le gouverneur a effectivement décidé de relever les taux directeurs en novembre dernier, afin de ramener l'inflation, qui a atteint 3,1% en novembre vers l'objectif de 2%. Les gouverneurs prévoient une seconde hausse l'an prochain, qui pourrait déstabiliser les marchés vu le contexte du Brexit. Mark Carney a en tous cas retiré la mention "de risques considérables quant aux perspectives économiques du pays" aujourd'hui lors de la réunion de politique monétaire, et s'est félicité de l'accord sur la première phase du Brexit. Ce qui selon James Knightley, pourrait annoncer une seconde hausse des taux l'an prochain.
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