OPA : la Place va ramper
Pour éviter les prises de contrôle hostiles, des députés PS veulent abaisser le seuil d'OPA de 30 à 25%. Alors même que les sociétés testent déjà des moyens, qui semblent bien plus efficaces.
Les députés PS à l'origine de la loi sur contre les OPA hostiles n'ont vraiment rien compris à la chanson. Leur proposition -déposée mardi- d'abaisser le seuil des offres publiques d'achat obligatoires de 30 à 25% est une hérésie. D'abord parce qu'elle va entamer un peu plus l'attractivité de la Place de Paris. Mais surtout parce que les sociétés ne sont pas masochistes et mettent déjà en place des solutions pour éviter les prises de contrôles rampantes, qui semblent plus efficaces. Le débat promet d'être mouvementé, sur ce projet qui devrait être voté "d'ici l'été" grâce au soutien de l'ensemble du groupe parlementaire, selon son instigateur François Brottes.
Certes le vide juridique qui a conduit à l'affaire Hermès/LVMH reste dans les esprits et la défense des petits actionnaires doit continuer à être une priorité, mais les mesures pour contrer les OPA rampantes doivent être bien calibrées. Pas sûr que la loi ait non plus un effet sur les contrôles rampants qui visent à prendre le contrôle des sociétés sans lancer d'OPA. C'est-à-dire lorsque des actionnaires minoritaires restent en deçà du seuil de déclenchement d'une offre publique d'achat -qui inclut l'intéressement des autres investisseurs- mais acquièrent suffisamment de parts pour exercer leur influence sur la société.
Dans les faits, pour lutter contre les offres hostiles, les sociétés jouent la carte de la fidélisation de leur actionnariat, d'après le "Panorama 2012 des sociétés du CAC40" publié à la fin du mois dernier par Herbert Smith. Pour ce faire, elles mettent en place des droits de vote double, des dividendes majorés et tendent à accroître la visibilité sur l'évolution de l'actionnariat. L'adoption de mesures anti-OPA est de plus en plus influencée en France par les politiques de vote des proxy advisors.
Pour se prémunir des OPA, les grandes sociétés françaises ont également multiplié les mesures, expliquent les auteurs. "Le recours aux déclarations de franchissements de seuils statutaires et la mise en place de la procédure dite de "titres aux porteurs identifiables" ont été plébiscités par l'indice tant en 2007 qu'en 2012. En revanche, les "bonds bretons" (bonds d'offres) rencontrent moins de succès qu'auparavant (17,5 à 10% entre 2007 et 2012).
En 2012, une seule OPA hostile a été recensée, par le cabinet Ricol Lasteyrie dans son rapport annuel sur le sujet. Il s'agit de l'offre du groupe Lagardère, annoncée le 7 mai, de 84 millions d'euros sur l'éditeur français de guides numériques de shopping, LeGuide.com. Offre refusée à plusieurs reprises, jusqu'au 18 juin. En tout, 40 OPA ont été recensées en 2012 en France, soit une baisse d'un quart par rapport à l'année précédente. Ce chiffre -en hausse par rapport à 2009 et 2010- est comparable à celui de 2008, mais reste en deçà en matière de valorisation des sociétés visées (12,5 contre 20 milliards d'euros). Ainsi, l'attractivité de la place de Paris, déjà bien écornée, risque d'en prendre encore un coup. D'ailleurs, les autres pays européens n'ont pas choisi cette voie.
A cela vient s'ajouter la question du régime qui s'appliquera aux actionnaires qui détiennent entre 25 et 30% des parts. Lors du dernier abaissement de seuil, la proposition de loi inclut d'autres instruments, tels que la généralisation du droit de vote double ou l'intervention du comité d'entreprise en cas d'OPA. Autant de points qui ne font pas l'objet d'un consensus.
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