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Les Etats-Unis et leur poudre de perlimpinpin
La réforme fiscale la plus rapide de l’histoire poursuit son chemin : dans la nuit de vendredi à samedi, le Sénat a voté sa propre version du texte, qui diverge de celle de la Chambre des Représentants sur quelques points majeurs. Le Sénat a ainsi conservé sept tranches d’impôt sur le revenu, contre seulement quatre à la Chambre, conserve l’impôt immobilier – ce qui sera moins favorable à Donald Trump - et abandonne le mandat individuel, qui oblige tous les contribuables à acheter une assurance maladie. Cela signifie que 13 millions de personnes pourraient décider de ne plus s’assurer, ce qui par ricochet augmentera les primes des assurés.
Mais c’est surtout sur la baisse de l’impôt sur les sociétés, qui est ramené de 35% à 20%, que les avis sont les plus contrastés. D’un côté, les républicains font valoir la théorie du « ruissellement », selon laquelle les profits plus importants générés par les corporates américains seront utilisés pour investir et créer des emplois. Or, celle-ci est infondée car elle ne s’est pas vérifiée dans l’Histoire, selon Natixis : la part de l’investissement dans le PIB est de 13% sur le long terme mais n’a varié que de 1,3 point, selon la banque. Pire, la baisse de l’impôt sur les sociétés ne s’est pas matérialisée par une hausse de revenus et de profits pour les entreprises, l’inverse s’est même produit après les coupes fiscales de 1986. « Structurée en l’état, la réforme fiscale n’entraînera pas la hausse des dépenses ou des revenus que ses promoteurs font valoir. Législateurs, prenez garde », termine Joseph Lavorgna, chef économiste US chez Natixis.
Ce texte est même anti-démocratique selon Tom Seyer, un gérant de hedge fund philanthrope et soutien démocrate. Selon lui, nombre de législateurs, en particulier ceux des Etats ayant un fort taux d’impôt, ont mis de côté l’intérêt premier de leurs contribuables pour favoriser une baisse d’impôt au bénéfice des plus riches. « 87 millions d’américains verront leurs impôts augmenter à cause de cette réforme fiscale. Ce texte prend de l’argent hors des poches du gouvernement au bénéfice des plus riches, et l’Etat va en contrepartie couper dans les dépenses sociales, et notamment 25 milliards de dollars pour la santé », a-t-il martelé.
Les investisseurs ont en tout cas applaudi des deux mains l’annonce de ce deal, le Dow Jones grimpant de plus de 1% à la mi-journée. Signe qui ne trompe pas : le titre JP Morgan caracole en tête de l’indice, en hausse de 2,2%, le texte étant censé favoriser les financières, qui vont engager les opérations de rachats de titres et M&A , mais aussi les rapatriements de capitaux par les grands groupes cotés. Le marché n’a eu cure du plaider coupable de Michael Flynn, l’ancien conseiller à la sécurité nationale du Président américain, sur l’affaire de l’ingérence russe dans l’élection. L’homme a accepté de collaborer avec l’enquêteur Robert Mueller, ce qui pourrait accentuer la menace de collusion sur Donald Trump. Ces facteurs pourraient peser sur le marché américain dans les prochains mois, qui n’a désormais plus de grand chantier législatif sur lequel compter pour pulvériser de nouveaux records.
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