Le prix de la sobriété de Pernod Ricard
Le propriétaire d'Absolut et Ballantine's a confirmé le retour à la croissance au premier semestre et relevé ses objectifs, mais le marché était plus exigeant que cela.
Le revers de la médaille lorsque l'on surprend très positivement lors de ses résultats annuels, c'est que le marché peut ensuite s'attendre à de nouvelles prouesses, et être déçu par des chiffres pourtant très honorables. C'est ce qu'expérimente Pernod Ricard ce matin, dont le titre chute de près de 4% pour des raisons obscures.
Car le groupe emmené par Pierre Pringuet a confirmé le retour au vert de tous les voyants au premier semestre 2010-2011. Le chiffre d'affaires progresse de 13% dont 7% en organique, à 4,28 milliards d'euros. Il est tiré par les 14 marques phares du groupe et les pays émergents, preuve que la stratégie premium et orientée vers les pays à forte croissance est toujours aussi gagnante pour Pernod Ricard. Surtout, la nouveauté vient de ce que même les pays matures, l'Europe et la zone Amérique, sont repassés dans le positif (+2% et +4%).
Cette dynamique a été exploitée par Pernod Ricard, qui sait bien que le leadership d'une marque doit être alimenté au quotidien, pour renforcer encore ses investissements promotionnels (qui représentent désormais près de 18% du chiffre d'affaires). Préserver ses marques comme véritables références chacune sur leur segment, c'est un travail indispensable qui permettra au groupe de pratiquer des hausses de tarifs, et de renforcer encore sa rentabilité. C'est le travail accompli au lendemain de la crise pour deux marques sur leur principal marché: Absolut, qui est revenu sur le devant de la scène aux Etats-Unis au premier semestre, et Ricard, qui renoue avec la croissance en France.
En affichant une marge opérationnelle de 28,3% en légère hausse, soit presque 10 points de plus que son concurrent Rémy Cointreau au dernier exercice, Pernod Ricard a donc de quoi d'être satisfait. Et d'envisager l'avenir avec optimisme, en relevant son objectif de croissance de marge opérationnelle, qui devrait être proche de 7% sur l'exercice 2010-2011. C'est bien mieux que ce qu'annonçait le leader mondial Diageo il y a une semaine, qui n'anticipe qu'une croissance positive de ce chiffre sur la période.
Pourtant, cela n'a pas suffi à contenter les analystes, qui sont allés plus vite en besogne et prévoyaient déjà près de 8% de croissance de marge opérationnelle. Car, emballés par les bonnes surprises du dernier exercice, ils ont été un peu gourmands sur le rebond du challenger, numéro deux mondial des spiritueux.
Ce n'est pas faute pour Pernod Ricard d'avoir fait des efforts de lisibilité sur la réduction de son endettement, qui était source d'inquiétude depuis l'acquisition d'Absolut. Le programme de cessions annoncé suit son cours, et la dette nette devrait être comme prévu ramenée à 4,5 fois l'Ebitda au 30 juin 2012. Mais Pernod Ricard paie aujourd'hui le prix de sa sobriété sur son cours de bourse, qui ne valorise que 12 fois son bénéfice par action. Les analystes ont semble-t-il davantage abusé de ses fameuses liqueurs dans leurs prévisions, ce qui permet au moins d'espérer un rebond du titre sitôt ces nouvelles digérées.
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