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Brexit : les marchés craignent de nouvelles élections
Le gouverneur de la Banque d'Angleterre n'a pas mâché ses mots ce matin, lors d'une audition devant le Trésor britannique, alors que la livre avait déjà atteint hier un plus bas depuis le début d'année en raison de rumeurs de nouvelles élections dans le pays. Mark Carney a ainsi affirmé que le PIB était de 1,75 à 2% inférieur à ce qu'il aurait pu performer si le pays n'avait pas décidé de quitter l'UE. Selon lui, le revenu des ménages britanniques est inférieur de 900 pounds à ce qu'il aurait pu être sans Brexit, qui a donc déjà coûté au pays près de 40 milliards de livres. Et ce, "malgré la politique monétaire très accommodante mise en place depuis par notre institution, malgré le stimulus fiscal du gouvernement et malgré un contexte macroéconomique par ailleurs très porteur en Europe", a averti le gouverneur lors de l'audition. Un argument selon lui pour plaider pour le maintien dans l'union douanière lors de la période de transition.
La Première ministre Theresa May est plutôt de son avis, puisque la dernière option en date concernant l'union douanière et dont elle doit discuter avec Bruxelles à partir d'aujourd'hui, consisterait pour la Grande-Bretagne à rester dans l'union douanière tant que le pays et l'UE n'auront pas trouvé de solution satisfaisante au sujet de la frontière irlandaise. Une solution qui vient après des semaines de tergiversations, où l'UE a déjà refusé deux options présentées par la Grande-Bretagne, qui a elle-même refusé celle de l'UE de maintenir les deux Irlande dans l'union douanière en rétablissant une frontière en Mer d'Irlande. "Les options envisagées actuellement par le gouvernement 'customs partnership', 'Max Fac' (ndlr. facilité maximum, garantissant une union tarifaire la moins frictionnelle possible), ou plus récemment celle de rester dans l’union douanière aussi longtemps que l’on n’aura pas trouvé de solution pour l’Irlande (tout en se donnant la possibilité de négocier des accords commerciaux) sont à la fois inacceptables par l’UE et difficiles à mettre en place" résume ainsi René Defossez, analyste chez Natixis à Londres. Selon les premières informations parues dans la presse britannique, Bruxelles aurait effectivement accueilli la nouvelle proposition de Theresa May avec suspicion : les représentants européens craignent en effet que la Grande-Bretagne ne se serve de cette solution pour rester dans l'union douanière (l'UE milite pour que seule l'Irlande du Nord reste dedans) tout en se retirant de l'UE. Alors que le responsable en chef des négociations Michel Barnier ne cesse de répéter depuis le début des négociations qu'il est hors de question que le Royaume-Uni "fasse son marché" ("cherry picking") et ne conserve que ce qui l'intéresserait dans l'UE.
Theresa May a pourtant eu le plus grand mal à rallier à cette solution les plus fervents défenseurs du Brexit de son gouvernement. Boris Johnson ainsi que le nouveau ministre de l'Intérieur Sajid Javid ont ainsi fait pression sur la Première ministre pour qu'elle réaffirme son engagement à sortir de l'union douanière et craignaient qu'une prolongation du maintien dans l'union tarifaire n'aboutisse à un y rester pour de bon. Les ministres ont visiblement mis de l'eau dans leur vin, à quelques semaines du Conseil européen durant lequel les chefs d'Etats européens devront se prononcer sur l'avancée des négociations concernant la frontière irlandaise.
Sans doute aussi parce que de plus en plus d'analystes et observateurs de marchés estiment que de nouvelles élections au Royaume-Uni pourraient avoir lieu, vu l'impasse des négociations sur le Brexit. Cette option a d'ailleurs fait chuter la livre au plus bas contre le dollar depuis le début de l'année hier, après qu'un article du Sunday Times a évoqué le scénario d'un retour aux urnes. Selon le quotidien anglais, plusieurs députés conservateurs auraient ainsi contacté leurs bases locales pour les inciter à se préparer à un nouveau scrutin à l'automne prochain. Toujours selon le Times, les députés auraient rencontré Theresa May la semaine dernière pour discuter du Brexit et seraient sortis de la réunion avec le sentiment que la Première ministre ne parviendrait plus à avancer sur le sujet, et serait obligée de démissionner. Une possibilité évaluée à 1/4 selon Philip Cowley professeur de sciences politiques à l'université de Londres et cité par Bloomberg.
Mais de nouvelles élections ne permettraient pas forcément aux conservateurs de résoudre leurs conflits internes au sujet du Brexit, et augmenteraient en revanche la possibilité d'un gouvernement dirigé par les travaillistes. Un risque que Boris Johnson a bien perçu : interrogé sur la possibilité de nouvelles élections, le ministre des Affaires étrangères a déclaré dimanche que les Britanniques en avaient assez d'aller voter. Entre 2014 et aujourd'hui les Anglais se sont en effet rendus quatre fois aux urnes à l'occasion de deux référendum (sur l'Ecosse en 2014, sur le Brexit en 2016) et de deux législatives (en 2015 et 2017). "Le gouvernement est dans une impasse et tout le monde se demande bien ce qu’il pourrait bien proposer au sommet du mois prochain. De manière générale, ce qui surprend c’est l’incapacité du gouvernement à prendre une route claire, alors que 2 ans se sont déjà écoulés depuis le référendum et qu’on est à quelques mois d’échéances majeures" termine René Defossez.
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