Philippe Wahl peut-il être le futur patron de la Poste?
Jean-Paul Bailly s'en va donc plus tôt que prévu, pour laisser toute latitude à son successeur. Philippe Wahl part favori, mais son passé de banquier pourrait lui être fatal.
Philippe Wahl peut-il succéder à Jean-Paul Bailly à la tête de la Poste ? La question se pose bel et bien aujourd'hui alors qu'il fait figure de favori pour remplacer celui qui a osé commencer à restructurer la Poste. Actuellement à la tête de la Banque Postale, cet énarque de 57 ans (promotion Louise Michel), passé successivement au cabinet de Michel Rocard mais aussi à la Compagnie Bancaire, Paribas, les Caisses d'Epargne, où il ne s'est pas fait que des amis, mais aussi RBS, il a, lui aussi, fait bouger pas mal de curseurs au sein de l'organe financier de la Poste.
Il faut dire qu'il a bénéficié de réformes successives lui permettant d'aborder des métiers jusqu'à présent interdits à La Poste. Tout a commencé en 2006, lorsque la Banque Postale a pu délivrer des crédits, s'approchant à grand pas du statut de banque à part entière. Ce n'est certes que par touches successives qu'elle a pu aborder tous les métiers. Mais dès 2011, lorsque Philippe Wahl arrive aux manettes de cet établissement public, il a toutes les clefs en main pour lancer la Banque Postale vers un nouveau modèle économique. Ce dont il ne s'est pas privé. Aujourd'hui, l'établissement prête aussi bien aux particuliers qu'aux collectivités locales ou aux entreprises et ce, a long terme. Démarche toujours plus concurrentielle vis-à-vis des banques universelles classiques.
Cette marche à pas forcés ne s'est pas faite sans heurts en interne. Certains reprochent à ce financier de brûler les étapes et de ne pas s'adapter à l'ADN de l'entreprise. Et c'est bien là où le bât risque de blesser à La Poste. Un financier pure souche, même passé trois ans à la Banque Postale, peut-il arriver à la tête d'un établissement très lourd à gérer socialement et ce, au moment même où les développements d'Internet imposent une lourde restructuration ? L'Etat, qui va être à la manoeuvre pour choisir le nom du remplaçant de Jean-Paul Bailly, peut-il prendre le risque d'introduire un technicien trop financier et pas assez reconnu dans le monde des entreprises publiques ? Matignon comme Bercy ont en tête le sombre épisode France Télécom et la série de suicides intervenus sous la présidence de Didier Lombard, d'ailleurs récemment mis en examen à ce sujet. Ils ne veulent surtout pas se mettre en situation d'être pris à parti sur ce thème, alors que les syndicats évoquent déjà des cas récents de suicides au sein de l'établissement public.
L'équation ne sera donc pas évidente. La restructuration de la Poste est toutefois inéluctable et devra se faire en profondeur. Il y aura forcément de la casse et celui qui prendra la charge de cette réforme doit parfaitement connaître tous les rouages et tous les chausse-trappes qui l'attendent. Avis aux amateurs...
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