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Siemens/Alstom : La Bourse applaudit, l'industrie française s'appauvrit

Les titres Alstom, Siemens et Bouygues enregistrent de fortes hausse en Bourse après l'annonce officielle du deal franco-allemand. Le nouvel ensemble, à terme, ne devrait plus comprendre beaucoup d'actionnaires français puisque l'Etat dans un premier temps et Bouygues, très vraisemblablement, dans un second, sortiront. Le nouveau contexte international devrait favoriser d'autres mariages de ce type. 
Henri Poupart Lafarge
Henri Poupart Lafarge

C’est signé. Si le processus administratif va encore prendre au moins un an, Siemens et Alstom ont trouvé les modalités d’un accord en vue de se rapprocher. L’allemand prend le contrôle du nouvel ensemble avec 50,67% du capital. En contrepartie, le président sera français puisqu’Henri Poupart-Lafarge doit demeurer aux commandes, les sites de production français devant aussi être préservés avec des garanties sur l’emploi de 4 ans. Voilà sur le papier, les dirigeants des deux groupes ayant donné moult précisions ce matin sur le poids du nouvel ensemble, la relution attendue 2 ans après le closing de l’opération et sa puissance de feu face au géant chinois CRRC.

Ces annonces n’ont pas manqué de doper les cours d’Alstom qui a démarré la séance en fanfare en s’adjugeant plus de 7% avant de revenir sur un trend de +5% actuellement. De son côté, Bouygues est également très bien orienté, s’arrogeant la plus forte hausse du CAC 40 avec un gain de 2,3%. Quant à Siemens, son titre avance de près de 2% dans un marché nourri.

En France, la réaction des investisseurs vis-à-vis d’Alstom est effectivement assez bonne dans la mesure où ce deal est perçu comme la meilleure solution pour permettre au groupe français, affaibli depuis le vente de sa division énergie, de sortir par le haut. Un banquier de la place fait toutefois remarquer qu’il est dommage que les actionnaires de la firme française ne bénéficient pas d’une prime de contrôle alors que Siemens arrive avec une position largement dominante (outre les 50,67% du capital, il aura 6 administrateurs sur 11). Et de regretter que l’Etat français, qui se retire aujourd’hui complètement du capital d’Alstom, en n’exerçant pas l’option qu’il possédait sur 20% des titres, ait finalement privé Bouygues d’une parole plus audible à la table des négociations puisque le groupe de BTP n’avait plus que 8% du capital du Français tant que l’Etat possédait encore ses droits de vote. « Demain, le capital du nouvel ensemble sera à 60% entre les mains d’actionnaires/investisseurs allemands, 30% d’acteurs anglo-saxons et un petit 10% d’intervenants français, sachant qu’il est à prévoir une sortie au fil de l’eau de Bouygues », estime ce financier.

De fait, Bouygues indique avoir voté en faveur du deal et s’être engagé à ne pas vendre sa participation diluée à 14% jusqu’à l’assemblée générale extraordinaire d’Alstom prévue fin juillet 2018 pour entériner le projet. Après, il pourra faire ce qu’il veut de ses titres. Et il y a fort à penser que la société dirigée par Martin Bouygues n’aura pas beaucoup d’intérêt stratégique à conserver un tel bloc, d’autant qu’il n’aura plus d’administrateur le représentant au board. C’est d’ailleurs ce qui dope le titre de l’entreprise de BTP et de télécoms ce matin.

Il est ainsi symptomatique de voir qu’une fois encore, c’est un ancien grand fleuron français qui part sous pavillon étranger. Aujourd’hui, le nouvel ensemble est certes européen. Ce qui n’a pas été le cas dans les récents deals Club Med/Fosun, Norbert Dentessangle/XPO, Alcatel/Nokia ou Alstom Energie/GE. Il ne faut pas oublier, non plus, que des Français sont aussi à la manœuvre pour s’adjoindre des mastodontes étrangers : Unibail/Rodamco, Essilor/Luxottica, Danone/WhiteWave, Air Liquide/Airgas. Il n’empêche, compte tenu de la montée en puissance des acteurs asiatiques et de la faiblesse du secteur industriel français, on peut d’ores et déjà penser que d’autres opérations de consolidation, européennes surtout, suivront. Reste à protéger les emplois, le rayonnement de l’Hexagone à travers le monde et le droit des actionnaires minoritaires.

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