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Sur les marchés
Eiffage : l’exemple d’un appui public, stratégique et de long terme
En pleine revue du projet de loi de finance 2016, il n’est jamais trop tard pour mettre un peu de beurre dans les épinards. C’est ce que vient de décider Bpifrance, qui a mis en vente 5% du capital du groupe de BTP et concessions, dont 2,9% sont vendus sur le marché et 2,1% sont rachetés par la société elle-même, dans le cadre de son programme de rachats d’actions. Sur la base du cours de clôture mercredi soir, l’opération atteindrait 276 millions d’euros.
Cette cession de bloc ne tient pas vraiment au hasard, dans la mesure où Bpifrance a démontré ces derniers mois sa volonté de monétiser ses participations cotées, lorsque le contexte était favorable. Or après un été chahuté en Bourse en raison des perturbations de la Chine, les marchés européens se sont bien redressés, notamment le CAC40 en hausse de 7% depuis fin août, boostés par le quantitative easing de la BCE. La multiplication du nombre de projets d’IPO en témoigne, les corporates comme les investisseurs retrouvent des sources d’optimisme.
Eiffage, cinquième groupe européen de BTP et de concessions, a aussi connu un beau parcours boursier, avec un titre en hausse de 36% depuis le début de l’année. Le groupe dirigé par Pierre Berger avait pourtant commencé l’année sous la menace de l’administration fiscale : l’Autorité de la Concurrence avait jugé que la niche fiscale dont profitait les sociétés d’autoroutes devait être supprimée car elle leur apportait un avantage assimilable à une « rente exceptionnelle ». La bataille a été ardue au Parlement, mais les amendements avaient finalement protégé Vinci et Eiffage, les deux groupes directement concernés.
Mais si l’Etat a pu profiter de la très bonne orientation du titre Eiffage, il n’a pourtant pas réussi à revendre au même niveau que son prix d’entrée. Pour rappel, c’est la Caisse des Dépôts qui avait pris pied chez Eiffage pour la première fois en mars 2006, qui faisait l’objet d’intenses spéculations après la montée au capital de l’espagnol Sacyr. Fin 2006, il avait ensuite accompagné la sortie du capital d’Albert Frère, via la Compagnie à Portefeuille, et était monté à 7,5%. Mais ce n’est qu’en avril 2008, après deux ans de bataille boursière et judiciaire, que l’espagnol a finalement renoncé à son projet et revendu ses 33% à un groupe d’investisseurs, dont la CDC. Le bras armé de l’Etat était alors monté autour de 20%, une participation qu’il a ensuite gardée pendant les jours les plus sombres, lorsque la crise financière a fait chuter le cours de plus de 70%, à 16 euros fin 2011.
Si la puissance publique a su entrer au bon moment – un bouleversement capitalistique, sur fond d’intérêts étrangers- et rester au capital de ce fleuron industriel français, la rentabilité n’est pas vraiment au rendez-vous. Le cours de clôture de ce mercredi, à 57,57 euros, est bien inférieur aux 68 euros lors de l’entrée de la CDC en 2006, ou encore des 62 euros auxquels il a racheté la participation de Sacyr. Bpifrance dispose néanmoins de dossiers très largement dans le vert comme Eutelsat, Schneider Electric ou encore Ubisoft, qui a grimpé de 18% depuis l’annonce de l’entrée de Vivendi au capital, la semaine dernière. Outre les valeurs pétrolières comme Technip, les sujets les plus sensibles sont sans aucun doute CGG et Vallourec, dont les titres se sont effondrés de respectivement de 35% et 67% sur un an, et pour lesquels il est désormais urgent d’agir.
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