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Professions financières / Corporate finance

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Canberra ou la résurrection du LBO primaire

Astorg Partners a obtenu l'exclusivité de la filiale de sécurité nucléaire d'Areva, sur une valorisation de plus de dix fois l'Ebitda. Comme quoi pour les actifs mondiaux et de qualité, tout est possible.
Enfin un spin-off de groupe industriel français qui permet à un heureux acteur du private equity compatriote de boucler un LBO comme on n'en fait plus. En fin de semaine dernière, Astorg Partners, un des grands gagnants de la crise dans le métier, a obtenu l'exclusivité de la part d'Areva dans son process de vente de Canberra, sa filiale de mesures de la radioactivité. L'histoire a été longue et en aurait découragé plus d'un. L'entreprise publique avait commencé à sonder les intérêts de candidats il y a plus d'un an, quelques mois après le départ d'Anne Lauvergeon et surtout après le drame de Fukushima, qui a fait bondir l'activité de sa branche sécurité nucléaire. En parallèle le développement du scandale d'Uramin, qui a montré qu'Areva avait nettement surpayé l'actif en raison de procédures inadéquates, a encore entaché sa réputation, d'où la nécessité de ne pas se compromettre avec Canberra. Areva demande une valorisation au moins égale à 10 fois l'Ebitda, mais les débats s'installent sur les montants à prendre en compte. Canberra a ainsi vu son résultat d'exploitation bondir à 53 millions d'euros, mais seulement 30 millions sont liés à une activité récurrente, le reste provenant de la catastrophe Fukushima. Malgré cela, la catastrophe a mis à jour l'importance cruciale d'une mesure appropriée du risque dans cette industrie, ce qui promet de beaux jours à la filiale d'Areva. Les industriels et les fonds, particulièrement pourvus en capitaux et en manque de dossier, s'agitent et pas moins de seize candidats manifestent leur intérêt au premier tour. Six seront retenus au deuxième tour, et finalement cinq acteurs convaincus par les fondamentaux porteurs remettent une offre, dont trois industriels (Thermofischer, Danaher, Mirion Technologies) et deux fonds (Montagu PE et Astorg Partners). Dans la dernière ligne droite, le fonds Astorg Partners, conseillé par Bucéphale Finance pour ce deal, a réussi à l'emporter face à deux industriels étrangers, Mirion Technologies (en LBO avec American Capital) et l'américain Danaher. Patriotisme stratégique? Très probablement, dans la mesure où l'entité détient un certain nombre de données sensibles que le vendeur ne voulait pas dévoiler jusqu'au bout. Or, les offres des industriels étaient conditionnées à l'obtention de ces informations, ce qui n'était pas le cas d'Astorg Partners. Le fonds a mené un intense travail afin de fournir une offre ferme et financée sans conditions suspensives, son interlocuteur n'ayant plus qu'à acquiescer. Sur une valorisation comprise entre 300 et 350 millions d'euros, le fonds de private equity a structuré une dette unitranche avec le fonds GSO, la dette bancaire étant impossible à obtenir sans conditions de nos jours. C'est donc cette réactivité et cette souplesse qui a été favorisée par Areva, sans compter que les précieux brevets et droits de propriété industrielle restent en France pendant encore quelques années, ce qui reste appréciable. De son côté, Astorg Partners montre sa prééminence sur un marché français du private equity particulièrement sinistré, surtout pour de nouveaux LBO. Il trouve ici une filiale à l'activité mondiale et florissante, où la création de valeur est encore à faire. Espérons que, comme pour les IPO, cette transaction marque un précédent et rouvre -enfin- les vannes du LBO en France et en Europe.
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