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Quel avenir pour le portefeuille de l'APE ?

Peu performant en Bourse et chichement rentable (au regard de son ROE), le portefeuille de l'Etat totalise 77 milliards d'euros. Les futurs dirigeants de la France pourraient être tentés d'utiliser cette manne pour réduire la dette publique. Encore faudrait-il déjà définir une stratégie claire à l'égard de toutes les participations. 
Renault
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Si toute la France est suspendue au résultat des prochaines élections présidentielles, il est une autre interrogation qui touche bon nombre d’entreprises hexagonales : comment va évoluer le portefeuille de l’APE et avec quel président à sa tête ?

La question est loin d’être anodine lorsque l’on sait que ce portefeuille totalise actuellement 106 milliards d’euros en intégrant toutes les participations, y compris celles non cotées, et 77 milliards en ne comptabilisant que celles négociées en Bourse. Soit une sacrée poire pour la soif dans l’optique d’un allègement de la dette publique. Et ce, d’autant plus que selon les derniers calculs de la Cour des Comptes, ce portefeuille de l’APE rapporte bien peu à la manne étatique puisque son retour sur capitaux propres (ROE) s’établit à 2,8% entre 2010 et 2015 quand celui du SBF 120 culmine à 10% sur la même période.

Mais tailler dans ce portefeuille ne semble pas si évident que cela. Les précédents gouvernements et patrons de l’APE l’ont déjà vérifié. Compte tenu de l’hétérogénéité de ce paquet d’actifs, les coupes n’ont jamais été faciles. D’abord pour des raisons stratégiques, l’Etat voulant garder la main dans toutes les sociétés dites sensibles de par leur secteur (énergie nucléaire, défense), mais aussi pour des motifs sociaux, l’APE comptant sur son influence pour dissuader les dirigeants de sabrer dans les effectifs. Ce qui a même poussé l’Etat à se renforcer, au contraire, dans Renault afin d’imposer ses vues sur l’introduction de droits de vote double. Depuis, il est « englué » avec ce paquet de titres qui se négocie toujours en deçà de son prix d’acquisition. C’est aussi ce qui l’a motivé dans sa participation au renflouement de Peugeot. Ici l’opération s’est révélée, en revanche, très juteuse au regard du rallye boursier réalisé par le constructeur automobile depuis.

Mais l’un dans l’autre, la stratégie de l’APE est jugée très peu lisible vu de l’extérieur. C’est justement pour cette raison que l’ensemble des valeurs de ce portefeuille n’est guère performant en Bourse. Les investisseurs estiment d’ailleurs également que cette mainmise publique devrait, à nouveau, favoriser un important jeu de chaises musicales au niveau de la gouvernance. Selon des estimations de Bloomberg, environ une douzaine de patrons pourrait ainsi être nouvellement nommée à la tête de ces entreprises. Et de citer Orange ou STMicro parmi les sociétés les plus en vue.

Alors les futurs dirigeants de la France et de l’APE vont-ils oser trancher et élaguer ce qui peut l’être ? Avant d’en arriver là, il est certain que la manne publique devra déjà s’atteler à définir une stratégie claire vis-à-vis de son portefeuille, tout en le protégeant de certains risques de marché. Et surtout se montrer beaucoup plus « regardant » et constructif sur les errements financiers de certaines de ses participations, de manière à éviter les catastrophes Areva ou EDF. Comme le disait l’un des anciens patrons de l’APE, le plus dur ici n’est pas de décider de vendre tel ou tel paquet de titres mais d’arriver à mettre toutes les parties prenantes d’accord et de réaliser l’opération. La force d’inertie étatique est effectivement complètement antinomique avec l’espace-temps des marchés financiers.

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