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Manipulation de marchés : les banques n’ont pas retenu la leçon

Les ententes sur le marché du Forex étaient encore d’actualité après l’éclatement du scandale du Libor. Preuve que le système des amendes n’est vraiment pas suffisant.
Bank of America
Bank of America

Les amendes infligées aux banques, fussent-elles très élevées, ne suffisent pas pour remettre les établissements dans le droit chemin. Il suffit de se pencher sur les enquêtes concernant les manipulations de marchés pour constater que les firmes n’ont pas retenu la leçon. Et le cas le plus probant est celui des ententes sur le Forex, qui a déjà amené mercredi les régulateurs à infliger une sanction de 4,2 milliards de dollars à Bank of America, Citibank, HSBC, JP Morgan Chase, Royal Bank of Scotland et UBS. Les investigations dans ce dossier couvrent la période de janvier 2008 à octobre 2013. Or, le scandale du Libor avait déjà largement éclaté lorsque ces manipulations avaient cours, puisque Barclays a été condamnée à régler 362 millions d’euros en juin 2012 pour truquage du taux interbancaire. Les pénalités, qui pèsent sur les dividendes, et les risques liés à la réputation ne semblent donc pas suffisants pour faire évoluer la culture bancaire.

Pourquoi ces amendes ne sont-elles pas dissuasives ? Pourquoi les banques ne tiennent-elles pas jusqu'au bout leurs promesses quand elles affirment qu’elles prendront les mesures nécessaires pour mettre un terme aux mauvaises pratiques ? Puisque, comme l’a indiqué Martin Wheatley, le directeur général du gendarme britannique (la FCA), contrôler les forums de discussion « n’est pas une chose complexe ». Or, les traders qui ont manipulé le marché des changes ont procédé de la même façon que ceux qui ont truqué le taux d’intérêt interbancaire : en discutant sur les « chat rooms » de leurs ordinateurs et/ou par courriels pour s’entendre.

Toute la question est de savoir si les dirigeants étaient au courant, s'ils préféraient pratiquer la politique de l’autruche ou s’ils étaient vraiment persuadés que le marché des changes était trop important et trop liquide pour être manipulé. Quoi qu’il en soit, les régulateurs demandent aux banques d’effectuer les changements nécessaires pour que le pire ne se produise plus. Les autorités ont annoncé cette semaine l’ouverture d’un programme de « redressement » concernant le marché des devises. « Nous voulons nous assurer que les firmes s'attaquent aux racines du problème et améliorent les pratiques du marché », a indiqué la FCA.

Une bonne initiative, qui pourrait néanmoins ne pas être suffisante. Dans un monde parfait, il faudrait que les clients aillent vers les établissements les plus zélés en matière de normes. Ce qui engendrerait des changements de méthodes probablement bien plus radicaux de la part de l'industrie financière. Mais dans la réalité, il suffit de voir les noms des banques inquiétées -qui sont parmi les plus importantes au monde- pour se rendre compte que cela est utopique.

Les régulateurs doivent donc aller plus loin. D’autant que les banques ont trouvé des moyens pour réduire l’impact des sanctions avec le temps : en faisant en sorte que les marchés digèrent la nouvelle en amont, en coopérant pour que les traders impliqués dans ces affaires soient inquiétés etc. Des solutions, plus radicales et aux conséquences bien plus prononcées, sont envisageables, comme de pointer du doigt les hauts dirigeants ou comme le retrait temporaire de leur licence sur les marchés qui ont fait l’objet d’une manipulation. Ce qui obligerait les banques à s’assurer que leur système fonctionne correctement.

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