Les trois échecs de l'ACP
Non seulement l'Autorité de Contrôle Prudentiel chargée de surveiller les assureurs n'a pas été capable de se faire entendre au niveau européen, mais elle n'a vu venir ni la catastrophe Groupama, ni celle de la CCR.
Un an et demi après son installation, le bilan de l'Autorité de Contrôle Prudentiel, surtout concernant sa partie assurances placée sous l'autorité de Jean-Philippe Thierry, l'ancien patron des AGF (devenu Allianz France) n'est pas maigre. Il est franchement désastreux. Surtout si l'on s'attache au sens premier de ces trois mots qui ont tant de valeur dans le système fiduciaire : l'autorité, le contrôle et la prudence.
D'abord en termes d'autorité. Cette réunification sous l'égide de la Banque de France des notions de contrôle des banques et des assureurs avait été vendue aux pouvoirs publics, aux professionnels et aux élus comme l'un des moyens de peser plus lourd et plus fort au niveau européen. Tout cela au moment où se dessinait une nouvelle régulation européenne des marchés financiers avec trois nouvelles tours de contrôle. Formidable !
Sauf que l'European Insurance and Occupational Pensions Authority (EIOPA), qui fait désormais la pluie et le beau temps dans le secteur de l'assurance, a procuré des sièges aux représentants d'une dizaine de pays européens (y compris la Pologne et le Danemark) mais a gentiment oublié la France, et nos grands esprits de l'ACP. Ce qui sera plus difficile pour faire passer nos idées, ou défendre une vision continentale de l'assurance.
Ensuite en termes de contrôle. Cela fait maintenant plus de six mois que toute la place de Paris est au courant de rumeurs alarmantes concernant la situation financière de Groupama. L'ACP a naturellement été saisie du dossier, tant les sommes en jeu sont importantes, de même que les besoins en recapitalisation. Mais pas une fois celle-ci n'a montré le bout de son nez. Quelle est la force d'un gendarme quand il hésite dix fois avant de sortir son sifflet ?
Enfin en termes de prudence. WanSquare s'est fait l'écho, à plusieurs reprises, des déboires qui affectent la CCR (Caisse Centrale de Réassurance). Après avoir vu ses résultats s'effondrer l'an passé, ce réassureur, entièrement détenu par l'Etat, a eu la curieuse idée d'aller occuper 25 % du marché en Thaïlande. Sympathique ! Sauf que ce pays vient de subir des inondations historiques qui risquent d'emporter les maigres résultats d'un groupe, qui aurait pu (voire dû) être géré avec davantage de prudence, surtout s'agissant de l'argent du contribuable.
Gageons que le passif de la toute jeune ACP s'arrêtera là et que ces trois exemples resteront comme de simples erreurs de jeunesse. A tout péché, miséricorde ! Malgré tout, au moment où les pouvoirs publics aiment à rappeler régulièrement aux professionnels qu'ils sont les garants de la confiance que les épargnants, les investisseurs ou les consommateurs ont dans la place de Paris, un petit peu d'introspection et d'autocritique ne serait pas superflue.
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17/09/2021 - 10:31

